Et Roman Kacew devient Romain Gary…

 
Laurent Seksik tente dans un huitième roman troublant et émouvant, «Romain Gary s’en va-t-en guerre», de percer l’un des mille secrets de Romain Gary: celui de son père. De Romain Gary, on connaît par cœur l’affaire Emile Ajar, du nom du pseudonyme qui lui permit de recevoir à deux reprises le prix Goncourt – en 1956 pour Les racines du ciel, puis en 1975 pour La vie devant soi….




Romain Gary s’appelait encore Roman Kacew et qu’il vivait dans le ghetto juif de Vilnius, ville russe avant d’être polonaise puis désormais lituanienne, avec sa mère Mina, comédienne aux aspirations inabouties et modiste sans le sou, cette mère dont on a longtemps cru qu’elle détenait la clé du génie de Gary.
 Né à Nice en 1962, ville où Gary et sa mère débarquèrent en 1928 pour vivre leur rêve français, le romancier Laurent Seksik nous persuade dans son huitième roman que l’énigme Gary, et l’explication peut-être du mélange de mélancolie, d’hypocondrie, d’émotivité, de tourment perpétuel, d’exaltation, de mythomanie, de désespoir et de courage qui émanait de ce personnage mémorable, c’est son père.
 Gary se disait fils d’Ivan Mosjoukine, bel acteur célébré dans la Russie des années 30 – ruse personnelle pour oublier la déception intime que fut son véritable père, Arieh-Leïb Kacew, fourreur, mobilisé en 1914 dans l’armée russe, revenant en quasi-inconnu quelques années plus tard auprès de sa femme et de son fils pour les quitter pour une autre femme en 1925.

Vingt-quatre  heures initiatiques

 Laurent Seksik aime les histoires de pères, de fils et de filiations: dans Le cas Eduard Einstein, il s’intéressait au fils caché d’Einstein, dans L’exercice de la médecine, à une lignée de médecins entre la France et la Russie, dans La folle histoire à la réconciliation entre un fils et ses parents fous, et dans La légende des fils à la relation complexe entre Scott et son père, vétéran de l’armée violent.
Romain Gary s’en va-t-en guerre imagine par le menu, avec empathie, intensité, doigté et onirisme, vingt-quatre heures décisives dans la vie de Roman et de sa mère, vingt-quatre heures situées entre le 26 et le 27 janvier 1925, suivies d’un bouleversant épilogue situé en 1943 alors que les nazis sont en train d’anéantir le ghetto de Vilnius.
 Vingt-quatre heures où tout est dit: la pauvreté dans laquelle se débat le couple mère-fils, la fierté de la mère devant ce garçon si sage et si beau, sa tristesse à la suite de la perte d’un grand fils issu d’un premier mariage, l’isolement grandissant du ghetto et l’antisémitisme menaçant, les hésitations des familles à partir pour la Palestine devant la prise de pouvoir des ultranationalistes polonais, le rêve du garçon de devenir fourreur comme son père, la fureur de la mère qui imagine un destin grandiose pour son fils, le fantasme de Roman de voir ses parents réunis, le désespoir de la mère lorsqu’elle comprend que la nouvelle compagne du père est enceinte et qu’il ne reviendra jamais, son désir fou de partir pour ces rives de la Méditerranée où la lumière est plus forte, la tentative d’Arieh-Leïb de ne pas perdre l’amour et le respect du fils qu’il trahit pourtant, et sa volonté de lui transmettre les racines de leur culture juive.
 En vingt-quatre heures initiatiques de la vie d’un garçon de 11 ans, Roman dit adieu à son enfance, fait le deuil de son père, d’un pays qui le rejette et se prépare à larguer les amarres.
 Mina Kacew meurt à Nice en 1941, alors que son fils a rejoint de Gaulle en Angleterre.
Arieh-Leïb Kacew, sa nouvelle femme et ses deux enfants sont assassinés en 1943 lors de la liquidation du ghetto de Vilnius.
Durant la même année 1943, Romain Gary, encouragé par son compagnon de chambrée Joseph Kessel, écrit son premier roman. Education européenne paraît en 1945. Il sera traduit en vingt-sept langues.
Source Hebdo.ch

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