Eurosceptique, « coriace » et boxeur : qui est Dominic Raab, le remplaçant de Boris Johnson?

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Alors que Boris Johnson est placé en soins intensifs depuis lundi, le chef de la diplomatie britannique assure la gouvernance par intérim.

Le Covid-19 bouleverse la vie politique outre-Manche. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a été placé en soins intensifs lundi, après son hospitalisation dimanche à Londres. Diagnostiqué positif au nouveau coronavirus et confiné à Downing Street depuis le 27 mars, le dirigeant conservateur de 55 ans présente des symptômes persistants de la maladie. 

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Depuis son placement en soins intensifs, Boris Johnson est remplacé à la tête de l’exécutif par le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni. « Le Premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, qui est Premier secrétaire d’Etat, de le remplacer là où c’est nécessaire », rapporte le communiqué du porte-parole du Premier ministre.  

Dominic Raab, qui a présidé ce mardi matin la réunion quotidienne d’urgence sur la crise du Covid-19, s’est engagé à poursuivre la lutte contre l’épidémie au Royaume-Uni, où 50 000 personnes ont été contaminées, dont plus de 5400 sont décédées, dans la continuité des mesures prises par Boris Johnson. Sur la BBC, il a assuré que le gouvernement veillerait à mettre en oeuvre ses « instructions ». 

Un député conserveur de la nouvelle génération

A 46 ans, Dominic Raab se retrouve donc propulsé à la tête du Royaume-Uni. Outre ses fonctions de secrétaire d’Etat des Affaires étrangères et du Commonwealth, il occupe également depuis juillet 2019, et l’arrivée au pouvoir de Boris Johnson, le poste de Premier secrétaire d’Etat. Ce titre honorifique, occasionnellement utilisé quand il n’y a pas de vice-Premier ministre (ce qui est le cas depuis 2015), englobe notamment des fonctions de conseil auprès du Premier ministre sur l’élaboration et la mise en oeuvre de la politique gouvernementale, selon le site officiel du gouvernement britannique.  

Dominic Raab est un représentant de la nouvelle génération de conservateurs qui a fait son entrée au Parlement au cours des dix dernières années. Il a été élu en 2010 député de la circonscription d’Esther and Walton (comté de Surrey, au sud de Londres). En 2011, il est désigné comme le « nouveau (parlementaire) de l’année » par l’hebdomadaire conservateur The Spectator. La même année, il se fait connaître du grand public après une altercation avec Theresa May, alors ministre de l’Intérieur, qui le réprimande pour avoir qualifié les féministes d' »odieuses fanatiques ».  

En 2014, le jeune député fait de nouveau parler de lui en présentant un amendement destiné à réduire la possibilité pour les juges de bloquer des extraditions en se basant sur des réglementations européennes. Il a été réélu à trois reprises depuis son premier mandat de député, en 2015, en 2017 et en décembre 2019.  

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Avant d’entrer en politique, Dominic Raab est avocat, spécialisé dans le droit international et le terrorisme. Fils d’un réfugié juif tchèque débarqué en 1938 au Royaume-Uni et élevé par sa mère dans la religion anglicane, Dominic Raab a étudié le droit au sein des prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge. Jeune diplômé, il commence une carrière d’avocat spécialisé en droit international dans le cabinet Linklaters à Londres, puis intègre en 2000 le ministère des Affaires étrangères, où il travaille notamment sur les questions liées au terrorisme. En 2003, il est envoyé à l’ambassade britannique à La Haye pour diriger une équipe chargée d’oeuvrer contre les criminels de guerre. Il a notamment participé à la traque de criminels de guerre comme Slobodan Milosevic, Radovan Karadzic ou Charles Taylor. 

« Il y a trois ans, il n’était même pas au gouvernement »

Ultra-libéral et eurosceptique, Dominic Raab a milité pour la campagne officielle du « Leave », la sortie du pays de l’UE. Après avoir rejoint le gouvernement conservateur de David Cameron en 2015, en tant que sous-secrétaire d’Etat à la Justice, il quitte ses fonctions en juillet 2016 quand Theresa May devient Première ministre, dans la foulée du référendum sur la sortie de l’UE. Il fera finalement son retour dans le gouvernement de Theresa May en juin 2017, devenant secrétaire d’Etat à la Justice (juin 2017-janvier 2018), puis au Logement (janvier-juillet 2018).  

Theresa May le nomme en juillet 2018 ministre du Brexit. Dominic Raab finit par démissionner du gouvernement cinq mois plus tard, jugeant la stratégie de la Première ministre trop conciliante avec Bruxelles. « Il a fait valoir qu’il ne pouvait pas ‘en toute conscience’ soutenir l’arrangement ‘de soutien’ destiné à éviter une frontière dure entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord », se souvient la BBC.  

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Ceinture noire de karaté et amateur de boxe, Dominic Raab est décrit par ses compagnons de politique comme quelqu’un de direct, au « franc-parler », « cassant » diront ses contradicteurs, avec une « réputation de discipline », détaille la presse britannique. Dominic Raab est « coriace et lucide. Pas le genre de personne que vous pouvez intimider », avait par exemple déclaré en 2014 l’ex-ministre du Brexit David Davis, en louant sa « loyauté ». 

« Il y a trois ans, il n’était même pas au gouvernement », rappelle par ailleurs la BBC. Et pour cause, Dominic Raab lorgnait plutôt sur la direction du Parti conservateur. En juin 2019, il se présente comme candidat à la tête du parti, après la démission de Theresa May, mais est éliminé à l’issue du deuxième tour, avec seulement 30 votes sur 313. « Dans la course au leadership des conservateurs de l’année dernière, il a mené une campagne anti-système, promettant de livrer un Brexit dur et une ‘Grande-Bretagne plus juste’. Cela comprenait un engagement à fermer le Parlement pour empêcher les députés de bloquer un Brexit sans accord », rappelle le Financial Times

Boris Johnson, élu à la tête du Parti conservateur, a ensuite nommé Dominic Raab dans son gouvernement. Les deux hommes partagent la même vision d’une approche dure face à Bruxelles et une alliance renforcée avec les Etats-Unis. Dominic Raab hérite donc des postes de secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et de Premier secrétaire d’Etat. Preuve s’il fallait de la confiance qu’accorde Boris Johnson à son jeune ministre. 

SourceLEXPRESS.FR

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