Finlande, Suède… Ce qui les attend avant d'adhérer à l'Otan

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Vladimir Poutine craignait que l’Otan ne s’étende progressivement vers l’est. Avec l’invasion de son voisin ukrainien, le maître du Kremlin a obtenu tout le contraire de ce qu’il espérait. Dimanche 15 mai, la Finlande a annoncé sa candidature « historique » à l’Otan, et la Suède est en passe l’imiter. L’entrée dans l’Otan des deux pays nordiques, vue d’un très mauvais oeil par Moscou, serait la preuve qu' »une agression » comme la guerre en Ukraine « ne paie pas », s’est félicité le secrétaire général de l’alliance occidentale, Jens Stoltenberg. 

Ce dernier a promis que le processus d’adhésion de la Finlande se ferait « sans heurts » et rapidement, alors que le prochain sommet de l’alliance est prévu les 29 et 30 juin. Traduction : la procédure permettant de rejoindre la famille otanienne pourrait être accélérée pour la Finlande et la Suède car ils cochent déjà quasiment tous les critères. D’autant que, d’un point de vue militaire, l’ajout des forces armées scandinaves représenterait un élan majeur pour les actifs de l’Otan en Europe du Nord. En rejoignant l’Union européenne en 1995, les deux voisins se sont progressivement éloignés de leur politique de stricte neutralité. Ils ont aussi participé à diverses missions de l’alliance militaire et échangent des renseignements avec l’alliance. 

Trois critères déjà remplis

Ces Etats pourraient donc bénéficier d’un coupe-file, devançant trois pays déjà sur les rangs : la Géorgie, l’Ukraine et la Bosnie-Herzégovine. En raison d’ajustements nécessaires, l’adhésion peut prendre plusieurs années selon le profil des états candidats. Déjà en 2010, la Bosnie-Herzégovine était invitée à participer à un Plan d’action pour l’adhésion (MAP), un programme qui les aide à préparer leur adhésion, sans que cela ne débouche pour l’instant à une place dans l’organisation politico-militaire.  

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Les pays nordiques ont l’avantage de remplir trois critères : être un pays européen, respecter les principes démocratiques et contribuer à la sécurité de la zone euroatlantique. Alors que la Finlande a déjà formulé officiellement son souhait de rejoindre l’alliance, la prochaine étape consiste à être invitée par les pays membres afin d’entamer des pourparlers. Une invitation qui doit être formulée à l’unanimité, selon « le politique de la porte ouverte » fondée sur l’article 10 du traité fondateur de l’Organisation : « Les parties peuvent, par accord unanime, inviter à accéder au Traité tout autre Etat européen susceptible de favoriser le développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité de la région de l’Atlantique Nord. » 

Une procédure très codifiée

Lors de ces entretiens au siège de l’Otan, plusieurs points sont abordés afin « d’obtenir des pays invités la confirmation formelle de leur volonté et de leur capacité d’accepter les obligations et engagements politiques, juridiques et militaires découlant du traité de Washington », déroule l’organisation sur son site internet. Autrement dit, les candidats doivent s’engager à prendre une série de mesures dans l’optique d’une éventuelle coopération avec l’Otan. Cela débouche sur la mise en place d’un calendrier d’exécution des réformes nécessaires. 

L’autre point crucial s’avère l’adhésion populaire. L’État invité doit adopter sa propre loi de ratification du Traité de l’Atlantique nord. Plusieurs formules sont possibles : il peut organiser un référendum ou présenter la législation devant le parlement. Cette étape ne devrait être qu’une simple formalité pour la Finlande : 76% de la population est favorable à l’adhésion, selon un sondage publié lundi 9 mai. En plus du soutien de l’opinion publique, la majorité politique y est aussi favorable. Le parti social-démocrate auquel appartient la Première ministre finlandaise, Sanna Marin, a soutenu à une très large majorité une candidature du pays nordique à l’Otan. 

Si le tapis bleu semble se dérouler sous les pieds des candidats nordiques, quelques grains de sable mineurs pourraient enrayer la machine. Pour que soit validée une adhésion, il faut que les trente Etats membres de l’Otan donnent leur feu vert. Parmi les réfractaires, on trouve le président turc Recep Tayyip Erdogan qui leur reproche – et surtout à Stockholm – de faire preuve d’une trop grande tolérance vis-à-vis du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, bien qu’il soit sur la liste de l’Union européenne des organisations terroristes. 

Le patron de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est dit « confiant » dans la possibilité pour les pays membres de l’Alliance de trouver un compromis avec la Turquie, après que le président Erdogan a subitement affiché son hostilité à une adhésion suédo-finlandaise. Une position qui n’alarme pas non plus le président finlandais Sauli Niinistö. Interrogé par le média américain CNN, il s’est dit « étonné » par la suggestion de la Turquie d’empêcher son pays de rejoindre l’OTAN, mais pense finalement que ce ne sera pas un problème. 

La Croatie et la Turquie jouent les trouble-fête

De son côté, la Croatie (membre de l’UE depuis 2013 et de l’Otan depuis 2009) se positionne également vent debout : « L’adhésion de la Finlande à l’Otan n’est qu’un charlatanisme dangereux, c’est comme si on taquinait un ours enragé en enfonçant un stylo dans son oeil. Il faut la bloquer, tant qu’on n’aura pas trouvé de solution à la crise en Bosnie-Herzégovine », a déclaré le président croate, le 26 avril à Zagreb. Habitué aux coups d’éclat, le président social-démocrate de Croatie, Zoran Milanovic, utilise la candidature de la Suède et de la Finlande comme levier de négociation pour faire avancer la « protection » des minorités croates de Bosnie-Herzégovine, qu’il juge d' »intérêt national vital ». 

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En attendant, l’Otan se dit prête à renforcer les « garanties de sécurité » de la Finlande et de la Suède durant la période transitoire entre la candidature et l’adhésion. 

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SourceLEXPRESS.FR

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