Guerre en Ukraine : dans l'enfer d'Azovstal, les clichés des derniers combattants

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Au regard d’enfants perdus, défigurés, ils ressemblent aux morts, et c’est pourtant bien comme un dernier appel à la vie qu’a lancé, ce mercredi 10 mai, un certain Dmytro Kozatsky, membre du régiment Azov et, comme ses camarades, prisonnier d’une salle souterraine de l’usine Azovstal de Marioupol. Dans une ville désormais fantôme, environ mille soldats constituent la dernière poche de résistance contre la Russie. Mais les clichés sont là pour nous montrer qu’ils ne sont plus en état d’être des héros et qu’ils ont besoin, comme des centaines de civils il y a quelques jours, d’être évacués en urgence. 

Exposer au monde les visages du sacrifice

Cette guerre pourrait être illustrée par ce jeune homme au visage tuméfié mais au regard bleu et profond. A la fois meurtri et déterminé, il se tient droit malgré une joue balafrée, comme marquée par le fer d’une épée. 

Un soldat du régiment Azov, le visage tuméfié, est soigné avec les moyens du bord.

Un soldat du régiment Azov, le visage tuméfié, est soigné avec les moyens du bord.

AFP

« Le monde civilisé tout entier doit voir les conditions dans lesquelles se trouvent les défenseurs blessés et estropiés de Marioupol et agir ! Nous appelons l’ONU et la Croix-Rouge à faire preuve d’humanité et à réaffirmer les principes fondamentaux sur lesquels vous avez été créés en secourant les blessés qui ne sont plus des combattants », peut-on lire, sur Telegram, en préambule des photos envoyées.  

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Assiégés depuis début mai et seulement protégés par la structure labyrinthique de l’usine, ces hommes ne sont pas en capacité d’être ravitaillés. La nourriture commence à manquer et les blessés ne peuvent être convenablement soignés. Quand Dmytro Kozatsky précise que des plaies ouvertes sont mal bandées et que des amputations se tiennent dans les conditions sanitaires les plus déplorables, nul doute que c’est à ces trois jeunes hommes qu’il veut désormais nous faire penser.  

Aux côtés du drapeau ukrainien, deux soldats exposent leur sacrifice

Aux côtés du drapeau ukrainien, deux soldats exposent leur sacrifice

AFP

Les amputations ont lieu dans des conditions sanitaires déplorables

Les amputations ont lieu dans des conditions sanitaires déplorables

AFP

« Que ces militaires soient déplacés vers les zones sous contrôle ukrainien où ils seront assistés et correctement pris en charge », telle est la demande, et le dernier espoir, du régiment d’Azovstal. Mais ces soldats y croient-ils vraiment, quand ils savent que les couloirs d’évacuation de civils ont été si difficiles à mettre en place. L’Ukraine a demandé, ce samedi 7 mai, à l’ONG Médecins sans frontières d’organiser une mission pour évacuer et soigner les soldats retranchés dans l’aciérie. Mais une telle opération est aujourd’hui impossible du fait de la poursuite des bombardements. 

Le désespoir se lit particulièrement sur certains clichés, comme chez cet homme au regard éteint et qui ne semble plus avoir la force de tenir debout. 

Un soldat blessé dans l'usine d'Azovstal de Marioupol

Un soldat blessé dans l’usine d’Azovstal de Marioupol

AFP

Mais le régiment Azov montre aussi, par l’envoi de ces photos, que la souffrance n’est pas la mort, et encore moins la défaite. Ainsi, un commandant ukrainien faisant partie des combattants assiégés par les forces russes a lancé ce mercredi un appel à l’aide au milliardaire américain Elon Musk, afin qu’il intervienne pour les sauver. « Les gens disent que vous venez d’une autre planète pour apprendre aux gens à croire en l’impossible. A l’endroit où je vis, il est presque impossible de survivre », a tweeté Sergueï Volyna, membre de la 36e Brigade des Marines de Marioupol.  

L’espoir et le courage subsistent donc, et peut-être est-ce cette ultime photo qu’il faut particulièrement observer. Le bras droit immobilisé par une attelle de fortune, un homme parvient à sourire à l’objectif. Surtout, il dessine d’une main noire le « V » de la victoire, celui de Winston Churchill, qui, au pire du conflit avec l’Allemagne nazie, avait fait de ce geste le symbole de la résistance. De la boue et des larmes, les soldats d’Azovstal en ont vu suffisamment pour mériter l’espoir d’une victoire.  


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SourceLEXPRESS.FR

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