Guerre en Ukraine : Macron, semeur de zizanie malgré lui

27


Écouter cet article sur l’application



Écouter cet article sur l’application

La plongée géopolitique se révèle aussi inédite qu’explosive. Pendant six mois, le journaliste Guy Lagache a été autorisé à poser sa caméra au coeur de la cellule diplomatique de l’Elysée, alors qu’une guerre éclatait en Europe. Le 30 juin, sur France 2, les Français pourront assister pour la première fois de leur histoire aux discussions privées entre leur président et ses homologues étrangers, à leurs blagues et leurs franches engueulades. Le résultat de ce documentaire, Un président, l’Europe et la guerre, se révèle à la hauteur de l’accès : historique.  

« Je fais le maximum pour pousser les Ukrainiens, tu le sais »

Une des séquences se déroule le 20 février, lors d’un appel entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine. L’échange entre les deux hommes tourne vite à la confrontation musclée. « Notre cher collègue Zelensky ne fait rien, il vous ment », lance le président russe, avant d’être corrigé par le Français, qui lui récite des paragraphes des accords de Minsk. « Je ne sais pas où ton juriste a appris le droit, mais ce ne sont pas les séparatistes qui vont faire la loi dans un pays démocratique », assène Macron. Plus tard, il enchaîne : « Je fais le maximum pour pousser les Ukrainiens, tu le sais. » « Je le sais », répond Poutine. 

Moment à peine croyable, et signe d’une complicité évidente entre les deux chefs d’Etat, le maître du Kremlin ponctue la conversation de blagues, promettant à son homologue français de travailler sur des solutions diplomatiques, alors qu’il comptait « aller jouer au hockey » : « Tu sais que je t’appelle depuis la salle de sport ! » Macron et Poutine terminent leur échange dans un éclat de rire, quand ce dernier lâche, dans un français mâtiné d’un fort accent russe : « Je vous remercie, Monsieur le président. » A peine quatre jours plus tard, des milliers de soldats russes déferlent sur l’Ukraine. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Je m’abonne

Ces séquences ne risquent pas d’arranger l’image du président français en Europe. Malgré les trahisons, les mensonges et les crimes de guerre, Macron reste fidèle à sa volonté de maintenir un dialogue avec la Russie, indispensable selon lui pour mettre un terme au conflit. « Il faut se donner un cap, qui est pour nous celui d’une paix négociée », pointe l’un de ses proches conseillers. Ses échanges réguliers avec Poutine (21 coups de fil depuis décembre) et ses petites phrases sur la nécessité d’éviter « l’humiliation de la Russie » émeuvent les Européens les plus à l’Est, en première ligne face à la Russie. « Qui imagine négocier avec Hitler, Staline ou Pol Pot ? a lâché le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. On ne discute pas avec les criminels, on les combat. » 

Une fracture européenne de plus en plus prononcée

D’après une étude de l’European Council of Foreign Relations (ECFR) parue le 15 juin, l’écart ne cesse de se creuser entre les Européens qui favorisent « la paix » en Ukraine et ceux qui donnent la priorité à « la justice ». Le couple franco-allemand mène ce premier camp, dans lequel se trouve la majorité de l’Europe occidentale, quand le second a pour figures de proue les Baltes et les Polonais.  

« Jusqu’à présent, l’unité des Européens a surpris Poutine et les Européens eux-mêmes, mais des problèmes majeurs s’annoncent, souligne Mark Leonard, directeur de l’ECFR et coauteur de l’étude. L’inflation, les réfugiés et la peur de l’escalade nucléaire sont autant de facteurs de divisions potentielles, mais le grand schisme sépare ceux qui désirent mettre fin à la guerre dès que possible et ceux qui veulent punir la Russie. Si le fossé entre ce ‘camp de la paix’ et ce ‘camp de la justice’ n’est pas géré correctement, il pourrait créer autant de dégâts que celui entre les créanciers et les débiteurs pendant la crise de l’euro. » 

Paris et Berlin se retrouvent dans le viseur de la fronde. « Il existait envers la France et l’Allemagne une attente très forte de leadership politique, mais aussi d’investissements économiques et militaires pour mener l’action européenne en Ukraine, pointe Yann Wernert, spécialiste des relations franco-allemandes au Centre Jacques Delors de Berlin. Les pays d’Europe centrale et de l’Est ne les ont pas trouvés à la hauteur. » 

Après quatre mois de guerre, Emmanuel Macron et Olaf Scholz ont fini par juger urgent de se rendre en personne à Kiev, le 16 juin, aux côtés de l’Italien Mario Draghi et du Roumain Klaus Iohannis. L’objectif premier de cette visite était d’envoyer un message d’unité à la famille européenne. Mission accomplie, avec Volodymyr Zelensky sur la photo.  


L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l'app

Télécharger l’app

Sur le même sujet

Mais ce voyage se voulait surtout politique, et là aussi le duo franco-allemand s’est employé à recoller les morceaux. « La présence du président roumain, pour représenter les pays d’Europe centrale et orientale et le soutien au processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE constituent des mains tendues pour surmonter ces divisions européennes », estime Yann Wernert. Reste à savoir si le camp « de la justice » voudra saisir cette main. 

Les plus lus

Opinions

Détours de France

Détour par Saint-André-de-Sangonis.Eric Chol

Tribune

La droite de gouvernement pourrait jouer un rôle majeur au service des Français, estime Jean-François Copé, ici le 9 mai 2017 à Paris.Jean-François Copé

La chronique de Sylvain Fort

Selon les manifestants, la campagne électorale est largement absente, moins de deux semaines après l'avertissement des experts climatiques de l'ONU et un mois avant l'élection présidentielle.Par Sylvain Fort

La chronique de Nicolas Bouzou

Sur des sujets cruciaux comme les finances publiques, la politique industrielle et l'innovation, la nouvelle équipe, gouvernementale est restée parfaitement vague ces dernières semaines.Nicolas Bouzou

SourceLEXPRESS.FR

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici