Hubert Bouccara. Relire L’Armée des ombres, roman-symbole de la Résistance

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Joseph Kessel “L’Armée des ombres
Edmond Charlot 1943. 280 pages.

Arthème Fayard pour cette édition. 190 pages.
ça a fait ma journée au Parc floral…

Ce livre, je l’ai tant lu que je finirais par le réciter, comme dans le livre de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, où les personnages apprennent les livres par cœur pour ne pas les oublier… Dans cette dystopie, les livres et la culture sont interdits…

C’est à Londres, en 1943, que Joseph Kessel, conteur inégalable et premier chroniqueur de notre temps, a écrit “L’armée des ombres“, qui n’est pas seulement l’un de ses chefs-d’œuvre mais le roman-symbole de la Résistance que l’auteur présente ainsi :
La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie” […]
Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celles des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres.”
Tout ce qu’on va lire ici a été vécu par des gens de France.

En 1939, Joseph Kessel est grand reporter de presse et romancier. Après la défaite de 1940, parvenu à Londres, il s’engage dans les Forces Françaises Libres.
Il est connu pour avoir composé, avec son neveu Maurice Druon, les paroles du “Chant des Partisans“, sur une musique de Anna Marly.
Fin 1943, à Londres, il finit de rédiger “L’armée des ombres“. L’ouvrage est édité à Alger, chez le célèbre éditeur Edmond Charlot, qui fut aussi le premier éditeur d’Albert Camus.

L’armée des ombres” n’est pas un roman d’imagination.
C’est un livre qui s’appuie sur les témoignages recueillis par Kessel lors de rencontres avec des résistants en mission à Londres, auxquels il se veut fidèle.
Mais comme l’auteur s’en explique dans sa lumineuse préface, les lieux et les noms, voire les faits, ont été modifiés : en 1943, alors que la répression se durcit, que l’occupant et Vichy sont “sur les dents”, il est impensable de prendre le risque d’une quelconque identification.
Par son récit, Kessel balaie diverses problématiques.
D’abord la variété des origines de ceux qui s’engagent, et pourquoi ils s’engagent : au nom de leurs idées, mais aussi par patriotisme ou par simple humanité
( Notamment dans la 6ème partie, “Une veillée de l’âge hitlérien“, titre ironique, puisqu’il s’agit des confidences que se font des condamnés à mort en attente d’exécution).
Il ne tait pas la violence : celle de l’ennemi (arrestations, torture, exécutions), celle de la Résistance, éventuellement envers ses propres membres : ceux qui ont parlé, trahi, mis en danger leurs camarades…

L’armée des ombres” est aussi une formidable plongée dans les conditions de fonctionnement de la Résistance dans une France éprouvée.
Kessel évoque le quotidien : les problèmes de ravitaillement, de transport, d’hébergement : comment répondre à l’errance, quand une planque est “grillée” ?
La nécessité de cacher à ses proches son activité, jusqu’à susciter l’incompréhension, ou la surprise, quand on se découvre embarqués dans une même organisation.

Kessel traite du concret, des aspects matériels, et notamment de la circulation des informations.
Comment communiquer avec Londres ?
Ce sont les opérations de parachutages, de réception des petits avions venus de Londres et qui convoient des agents.
Les agents ou les prisonniers évadés, qu’on exfiltre par la mer.
Les émissions par radio, avec les risques inhérents.
Comment communiquer entre résistants ?
Par les déplacements des “chefs” pour coordonner ou déclencher les actions.
Avec les courriers qu’il faut transmettre, grâce aux nécessaires agents de liaison.
Comment communiquer vers la population, par ce qu’on appelle alors la propagande ?
Ce sont les journaux, qu’il faut imprimer dans des conditions matérielles extrêmes.

Les personnages.
D’abord, les principaux protagonistes : Gerbier, Félix, Lemasque, Jean-François, Saint-Luc, Mathilde, le Bison, d’âges et de conditions sociales divers…
Mais aussi, au hasard des pages, Augustine Viellat, la fermière ; le baron de V… ; l’instituteur de Lyon ; le curé qui “case” les réfractaires ; les vieilles demoiselles ; le cheminot “rouge” ; le douanier ou le gendarme complices au bon moment…
Le style est sans fioriture. L’ouvrage, outre la préface, est organisé en 8 chapitres, le chapitre 5 étant les “Notes” du personnage principal, Philippe Gerbier : paragraphes plus ou moins longs, récits, anecdotes, faits ou considérations sur la Résistance.
Bref, “L’Armée des ombres” est une plongée dans la vie de la France résistante.

© Hubert Bouccara

Spécialiste de Kessel, Hubert Bouccara tient “La Rose de Java”, librairie hors-norme entièrement consacrée à l’œuvre de Gary et Kessel.

Dans ActuaLitté du 5 juin 2016, Denis Gombert nous livre une interview d’Hubert Bouccara, rencontré à La Rose de Java, décrite comme “un lieu atypique, vrai petit coin de paradis parisien pour lecteurs passionnés”. TJ publiera cette interview d’ActuaLitté.

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Hubert Bouccara. La Rose de Java

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SourceTRIBUNEJUIVE.INFO

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