Israël : de nombreux ultra-orthodoxes respectent la religion, pas le confinement

29

Elle a beau n’être située qu’à quelques kilomètres au Sud de Tel Aviv, Bnei Brak est une petite ville de 200.000 habitants où l’on vit autrement, à autre époque pourrait-on dire. A Bnei Brak, la toute grande majorité des habitants est  » haredim « , littéralement  » ceux qui craignent Dieu « .

Leur interprétation de la religion juive est extrêmement stricte, on les nomme habituellement les ultra-orthodoxes. Ils ne lisent pas les médias nationaux, vivent une vie à part, faite surtout de l’étude de la Torah et d’une interprétation très particulière et rigoriste de ses préceptes. Ces derniers jours, leur ville est devenue l’épicentre de l’épidémie en Israël.

Près de la moitié de la ville pourrait être infectée

En Israël, les ultra-orthodoxes représentent environ 10% de la population. Mais aussi la moitié des cas détectés de coronavirus à ce jour. Et dans la ville de Bnei Brak, les statistiques pourraient être encore plus vertigineuses.

Selon Ran Saar, directeur d’une organisation israélienne qui offre des soins de santé à de nombreuses personnes, près de 40% de la population de Bnei Brak pourrait être infectée par le coronavirus, ce qui représenterait près de 75.000 cas. « Selon différents indicateurs, environ 38% des habitants de Bnei Brak sont malades« , a témoigné jeudi M. Saar, devant un comité parlementaire qui étudie les mesures prises par le gouvernement hébreu face à la pandémie de Covid-19.

L'armée a été appelée en renfort pour faire respecter les mesures de confinement à Bnei Brak L’armée a été appelée en renfort pour faire respecter les mesures de confinement à Bnei Brak – © JACK GUEZ – AFP

L’armée appelée en renfort

Epidémie ou pas, de nombreux ultra-orthodoxes ont continué à vivre exactement comme avant. En allant à la synagogue et dans les écoles qui enseignent la Torah, en ne respectant pas les mesures de confinement et de distanciation physique et en se rassemblant pour célébrer la fête de Pourim il y a quelques jours.

La situation est devenue tellement problématique qu’elle a poussé la police à mener des patrouilles spéciales dans les quartiers religieux de tout le pays. Mais à Bnei Brak, la situation était devenue tellement ingérable que l’armée a aussi été déployée. L’équivalent de deux bataillons, soit au total entre 800 et 1000 soldats, selon Jonathan Conricus, porte-parole qui assure que « la mission est d’assister les autorités civiles en raison de l’absence relative de mise en oeuvre des consignes du ministère de la Santé » dans cette ville.

Concrètement, les soldats vont distribuer de la nourriture et des médicaments mais aussi aider à l’évacuation de certaines personnes présentant des symptômes du virus. « Un faible pourcentage de commandants sera armé », a toutefois précisé le porte-parole lors d’une conférence de presse organisée en ligne. « Nous prévoyons qu’il y aura des malentendus, de la frustration aussi, et peut-être même plus et nous prenons tout cela en considération », a-t-il ajouté, reconnaissant que la situation sur place était « très délicate » et « non sans risque ».

Le ministre de la santé israélien est lui-même ultra-orthodoxe et testé positif au covid 19 Le ministre de la santé israélien est lui-même ultra-orthodoxe et testé positif au covid 19 – © MENAHEM KAHANA – AFP

Le ministre de la santé n’a pas respecté les mesures

Il s’appelle Ya’acov Litzman, il est lui-même ultra orthodoxe et le fait qu’il soit ministre de la santé ne l’a pas empêché de transgresser les règles émises par le gouvernement dont il fait partie.

Des témoins racontent qu’il n’aurait pas respecté les distanciations pourtant ordonnées à toute la population par son ministère. Il a été testé positif au Covid-19 ce qui a provoqué une nouvelle mise en quarantaine du Premier ministre Benjamin Netanyahu, les deux hommes ayant été en contact lors de réunions récentes.

Beaucoup d'habitants de Bnei Brak n'ont pas respecté les mesures mises en place par le gouvernement hébreu Beaucoup d’habitants de Bnei Brak n’ont pas respecté les mesures mises en place par le gouvernement hébreu – © JACK GUEZ – AFP

A Jérusalem aussi les religieux se rebellent

Ce samedi matin, selon plusieurs journaux israéliens, les forces de l’ordre ont arrêté 10 personnes dans le quartier majoritairement religieux de Mea Shearim à Jérusalem alors qu’ils voulaient se rendre à la synagogue pour prier, ce qui est interdit par le ministère de la santé. Une arrestation qui ne s’est pas déroulée dans le calme, des policiers ayant été agressés. Au total, ce sont 30 procès-verbaux qui ont été rédigés aux récalcitrants.

Le respect des règles de confinement pose problème au sein de certaines communautés religieuses ultra-orthodoxes Le respect des règles de confinement pose problème au sein de certaines communautés religieuses ultra-orthodoxes – © JACK GUEZ – AFP

Pas plus de 100 mètres de chez soi

Les mesures de confinement sont très strictes en Israel. Les habitants ne peuvent actuellement pas sortir à plus de 100 mètres de chez eux, sauf pour aller au supermarché, à la pharmacie ou à l’hôpital. Et les autorités estiment que les fêtes de Pessah, la Pâque juive, qui vont commencer mercredi et durent huit jours seront un « tournant » dans la lutte contre le nouveau coronavirus. C’est en effet un moment de fête que l’on passe traditionnellement en famille. Si certains imaginent pouvoir se réunir malgré tout grâce à des applications et internet, il n’en est rien chez les ultra-religieux. L’usage même d’internet y est parfois interdit et l’électricité est traditionnellement bannies les jours de shabbat et de fêtes.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l’actualité.

OK

SourceRTBF.BE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici