Itinéraire d'une fake news: comment la France a été accusée de ficher les jeunes musulmans

Le président Emmanuel Macron à l'Elysée, le 29 octobre 2020 à Paris

Le président Emmanuel Macron à l’Elysée, le 29 octobre 2020 à Paris

afp.com/Thibault Camus

Karen Attiah est une éditorialiste du quotidien américain Washington Post, suivie par plus de 200 000 personnes sur Twitter. L’un de ses messages a enflammé le réseau dimanche, et pour cause, puisque Karen Attiah assurait dans sa publication que la France « veut donner des numéros d’identification aux enfants musulmans pour aller à l’école ». 

La journaliste visait ce qu’elle pensait être un volet du projet de loi « confortant les principes républicains », le nouveau nom du texte préparé par l’exécutif pour lutter contre les séparatismes. La fausse nouvelle a également été relayé sur Twitter samedi par Shireen Mazari, ministre pakistanaise des Droits de l’homme, qui a dressé une analogie douteuse entre la France d’Emmanuel Macron et le régime nazi : « Les enfants musulmans devront avoir un numéro d’identification, comme les juifs étaient forcés à porter l’étoile jaune sur leurs vêtements pour être identifiés », a-t-elle écrit, avant de supprimer son message, de même que Karen Attiah. 

LIRE AUSSI >> Les médias américains « n’ont pas tiré les leçons de l’élection de Trump en 2016 » 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Je m’abonne

Comment cette information erronée a-t-elle pu convaincre une représentante d’un journal en théorie sérieux comme le Washington Post ? Tout part jeudi d’un tweet (encore) d’un journaliste de la BBC, Alex Giffin, qui assure d’une part que la France va ficher les enfants musulmans, d’autre part que tous les musulmans français seront interdits d' »actions politiques ».  

Le lendemain, un article du site britannique The Muslim Vibeassure que les écoliers français de confession musulmane seront répertoriés par numéros pour s’assurer qu’ils se rendent bien en cours. 

LIRE AUSSI >> Séparatismes : ce que contient le projet de loi « confortant les principes républicains »  

L’article anglophone et le journaliste de la BBC font une mauvaise interprétation du projet de loi sur les séparatismes. Le 2 novembre au Mureaux, Emmanuel Macron a notamment indiqué dans un discours que l’instruction à domicile serait limitée pour éviter l’endoctrinement religieux, une mesure qui a par ailleurs fait bondir les parents d’enfants scolarisés à la maison. Le ministre de l’Intérieur avait justifié auprès du Figaro l’idée : « Dans certains quartiers, il y a plus de petits garçons que de petites filles (à l’école, Ndlr), alors que statistiquement on sait que plus de petites filles naissent. C’est un scandale de ne pas voir ces petits fantômes de la République. » 

« Nous buvons aussi le sang des bébés »

L’objectif est de fournir à tous les enfants en marge des voies de scolarisation habituelles un numéro INE (Identification national élève), du début de scolarisation à l’entrée dans Parcoursup, évidemment sans trier en fonction de la religion. En France, l’essayiste Rokhaya Diallo a soutenu l’éditorialiste du Washington Post, assurant dans un tweet toujours qu' »en réalité ce qui INSUPPORTE nos élites qui critiquent ardemment les ‘médias américains’, c’est le fait d’assister avec impuissance à l’expression de non-Blanc.he.s décrivant la France selon leurs propres termes dans des sphères auxquelles ils/elles n’ont pas accès ». 

La journaliste en question a néanmoins fini par reconnaître son erreur et supprimer son tweet : « Je m’excuse sans équivoque pour l’erreur que j’ai faite en disant que le projet de loi de Macron vise les enfants musulmans. J’ai une responsabilité envers les faits. » Même attitude de la part de la ministre pakistanaise, qui s’est contentée toutefois de supprimer le message erroné, avant de pointer quand même une tendance islamophobe en France, alors que les tensions entre Paris et le Pakistan sont à leur zénith depuis la nouvelle affaire des caricatures de Charlie Hebdo et l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, avec d’importantes manifestations contre Emmanuel Macron dans le pays d’Asie du sud-est. 

Sur le même thème

Au milieu de ce festival d’affirmations fausses, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Cédric O a usé dimanche de l’ironie pour relayer une fake news suffisamment absurde pour que cette fois, personne ne s’y trompe : « Nous buvons aussi le sang des bébés au petit déjeuner », a écrit le représentant du gouvernement, avant de retrouver un ton normal pour asséner le fait que « les démocraties ne peuvent pas lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation si les journalistes ‘sérieux’ ne font pas la vérification des faits de base ». 

Opinions

Numérique

Jack Ma, fondateur du géant chinois du commerce en ligne Alibaba.Par Frédéric Filloux

France

Toutes les associations témoignent d'un envol de la pauvreté se traduisant par un recours accru aux banques alimentaires.Par Nicolas Bouzou

Les nouvelles choses

"Les internautes qui regardent Hold-up ne nous boycottent pas pour ce que nous écrivons, mais pour ce que nous sommes". Jean-Laurent CasselyPar Jean-Laurent Cassely

Le meilleur des mondes

"En fait, ouverte, fermée, absolue, relative, de combat, civile, tolérante, rigoureuse, la laïcité a besoin encore aujourd'hui, pour être bien comprise, d'adjectifs", constate Sylvain Fort.Par Sylvain Fort

SourceLEXPRESS.FR

ARTICLES POPULAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Populaire cette semaine

Derniers Commentaires