Jean-Louis Margolin. Les ambiguités de la Hongrie d’aujourd’hui sur le sort des Juifs entre 1938 et 1945

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Il est frappant qu’entre deux institutions publiques hongroises (le Musée National et les Galeries Nationales, où se tient actuellement une exposition sur la Shoah (Soa en magyar), et les écrivains ou artistes), la tonalité varie presque du tout au tout.

On qualifiera sans peine le premier de révisionniste: discours de minimisation et d’excuse pour les mesures anti-juives autochtones, glorification non critique du régime Horthy (tout au plus lui reproche-t-on la participation à l’invasion nazie de l’URSS, surtout pour les conséquences désastreuses pour la Hongrie).

Une exposition provisoire sur les années 1938-40 pleine de nostalgie pour cette “belle période”

L’exposition provisoire sur les années 1938-40 est pleine de nostalgie pour cette belle période; on ne peut s’empêcher de penser qu’elle représente la vision du gouvernement de Viktor Orban.

Le Musée National (essentiellement un musée d’histoire, très vaste, très riche et à la muséographie de qualité) n’accorde d’ailleurs qu’une place tout à fait minime aux “allogènes”, qu’ils soient Turcs ou Juifs (qui représentaient pourtant 1/4 de la population de Budapest en 1940).

La “tragédie” de l’ignominieux traité de Trianon

Par contre, que d’insistance sur la “tragédie” de l’ignominieux traité de Trianon, qui priva en 1919 la Hongrie d’une grande partie de son territoire historique !

L’expo “Soa” des Galeries Nationales

Les Galeries Nationales (de peinture) offrent à travers cette expo Shoah un tout autre son de cloche.

Centrée sur des figures tragiques d’artistes exterminés (y compris des Juifs convertis au christianisme), on met en exergue la participation hongroise à leur mort: épuisement dans le cadre du “Service du Travail”, obligatoire pour les Juifs bien avant le début du génocide, assassinat dans les ghettos ou par les nazis locaux (les Croix Fléchées).

Ces horreurs sont encore davantage soulignées dans le musée (de statut associatif) de la Grande Synagogue de Budapest – un des monuments les plus visités de la ville.

On apprend ainsi que quelques 42 000 Juifs périrent sur les territoires contrôlés par la Hongrie AVANT l’invasion allemande de mars 1944, en particulier dans le cadre du Service du Travail.

On relate aussi l’horrible massacre commis à Novi Sad (Serbie) en 1942 par l’armée hongroise (plus de 3000 morts dont 750 Juifs) et l’expulsion vers l’Ukraine occupée par le Reich -et donc vers la mort- de dizaines de milliers de Juifs “apatrides”.

On en verra ici quelques images.

Uniforme de l’amiral Horthy, régent de Hongrie (1919-44). Musée National, expo permanente.
Culte de la personnalité d’Horthy Miklos, présenté sans recul critique au Musée National.
Récit du Musée National (coll. permanentes). La petite Hongrie, victimes de ses puissants voisins… Et mensonge de l’absence de violence anti-juive autochtone.
Le gouvernement hongrois du Premier Ministre Pal Teleki (glorifié au travers de son suicide de 1941) comme sauveteur de réfugiés (sans doute pour répondre aux critiques actuelles…).
Musée national, coll. permanentes.
Minimisation et excuses à l’antisémitisme d’Etat. Musée national, expo 1938-40
Expo Shoah (et artistes). – à Galeries Nationales, château de Budapest.

Georges Sarkozi, victime du génocide malgré sa conversion au catholicisme. – à Galeries Nationales, château de Budapest.

Jean-Louis Margolin est Maître de Conférences (Associate Professor) à Aix-Marseille Université

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