La Finlande et la Suède prêtes à adhérer à l'Otan : la fin de la neutralité

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Si vous demandez à un Finlandais s’il pense pouvoir compter sur l’aide de ses voisins suédois en cas de conflit avec l’ogre russe, il vous répondra : « Nous n’avons aucun doute sur la détermination de la Suède à lutter pied à pied contre la Russie… » Puis il ajoutera avec un sourire : « … jusqu’au dernier Finlandais ».  

A l’heure où la Suède et la Finlande se rapprochent de l’Otan, cette plaisanterie en vogue à Helsinki rappelle que ces deux pays, en apparence si semblables, entretiennent un rapport très différent à la neutralité.  

Le prix de l’indépendance

En Finlande, celle-ci a été dictée par des impératifs d’ordre géopolitique. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et tout au long de la guerre froide, les dirigeants finlandais savaient quel était le prix à payer pour maintenir leur indépendance. Face au voisin soviétique, qu’ils avaient farouchement combattu lors de la guerre d’Hiver (1939-1940), jouer le rôle d’intermédiaire entre l’Ouest et l’Est était la seule manière de préserver la paix. Néanmoins, cette neutralité conditionnée n’empêcha pas la démocratie finlandaise de développer ses forces armées et, après la chute du Mur, de se rapprocher de l’Otan.  

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Aujourd’hui, ce pragmatisme conduit les Finlandais à considérer que, face à un Kremlin revanchard et mû par des pulsions de moins en moins rationnelles, la neutralité ne constitue plus leur meilleur outil de protection. Pour Helsinki, qui partage 1340 kilomètres de frontière avec la Russie, l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est désormais la seule garantie de sécurité crédible.  

L’opinion suédoise soutient l’adhésion

A l’inverse, il y a une dimension quasi idéologique dans la neutralité suédoise. Elle est l’instrument qui a permis à la Suède de ne prendre part à aucun conflit depuis la fin des guerres napoléoniennes. Mais les Suédois sont aussi profondément attachés à la neutralité du fait de l’image qu’elle leur renvoie d’eux-mêmes. En brandissant la neutralité comme la clef de voûte de sa diplomatie, Stockholm se perçoit et veut être vue comme une « superpuissance morale ». En se plaçant au-dessus de la mêlée géopolitique, la diplomatie suédoise a pu jouer un rôle unique de médiation sur la scène internationale, que ce soit en matière de contrôle des armements ou lors de nombreuses négociations de paix.  

Mais la guerre en Ukraine a rebattu les cartes du jeu. Si, à l’approche des élections générales de septembre, les sociaux-démocrates suédois, qui ont fait de la neutralité le pilier historique de leur politique étrangère, demeurent divisés, l’ensemble des partis d’opposition et près de 60% de l’opinion publique soutiennent l’adhésion à l’Otan. D’un pas certes moins résolu que leurs voisins finlandais, les Suédois s’apprêtent donc aussi à demander, avant le sommet de l’Otan qui se tiendra en juin à Madrid, à rejoindre l’Alliance atlantique. 

De cette évolution, qui va durablement et profondément transformer l’architecture de sécurité européenne, nous devons tirer plusieurs leçons.  

L’Otan plus forte

La première est que la quasi-totalité des pays européens, y compris ceux qui chérissaient leur neutralité, jugent désormais l’appartenance à l’Otan comme indispensable face aux menaces croissantes qui pèsent sur notre continent. Par contraste, on ne peut qu’être frappé par le débat français, dans lequel l’extrême droite demande la sortie du commandement intégré de l’Otan, tandis que Jean-Luc Mélenchon n’appelle à rien de moins que le retrait pur et simple de l’Alliance atlantique.  

Il convient ensuite de souligner que la Finlande et la Suède, qui sont dotées de forces armées très bien entraînées et équipées, mais aussi d’un renseignement militaire de grande qualité, renforceront considérablement l’Alliance atlantique, notamment en mer Baltique, mais aussi en Arctique où se jouera une partie de l’affrontement géopolitique futur avec Moscou et Pékin. 

Enfin, contrairement à ce qui est parfois sous-entendu, l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan ne se fera pas au détriment de l’Europe de la défense. En rejoignant l’Alliance atlantique, ces deux pays accentueront le poids de l’Europe et s’engageront à renforcer leurs capacités militaires. A l’heure où l’Union européenne souffre d’un déficit considérable en matière de dépenses de défense, c’est une évolution indispensable afin qu’elle puisse s’affirmer comme un acteur géopolitique souverain et autonome.  


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Jérémie Gallon est directeur général pour l’Europe du cabinet de conseil géopolitique McLarty Associates. Il enseigne les questions internationales à Sciences Po et vient de publier Henry Kissinger. L’Européen (Gallimard). 

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SourceLEXPRESS.FR

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