L'armée allemande exclut les extrémistes de droite de ses rangs

8

Une « culture toxique » de certaines personnes à la tête de l’unité a poussé les autorités à dissoudre partiellement les forces spéciales.

L’armée allemande fait le ménage dans ses rangs. L’unité militaire d’élite allemande, déstabilisée par plusieurs scandales sur des liens de certains de ses membres avec la mouvance d’extrême droite, va être partiellement dissoute, a annoncé mardi la ministre de la Défense. 

Les forces spéciales (KSK) ont « pris partiellement leur autonomie » par rapport au reste de l’armée allemande « en raison notamment d’une culture toxique de certaines personnes à leur tête. En conséquence, la KSK ne peut pas continuer sous sa forme actuelle », a affirmé Annegret Kramp-Karrenbauer dans une interview au quotidien Süddeutsche Zeitung

LIRE AUSSI >> L’extrême droite allemande en plein essor 

Votre soutien est indispensable. Abonnez-vous pour 1€

Nous soutenir

Cette unité d’élite « ne peut pas continuer à exister sous sa forme actuelle. Elle doit être modifiée de l’intérieur et mieux intégrée à la Bundeswehr », indique un rapport du ministère de la Défense présenté mardi aux députés. 

Dans l’immédiat, la deuxième compagnie des KSK, considérée comme le lieu où les dérapages d’extrême droite ont été les plus importants, sera dissoute sans être remplacée. L’unité ne conservera donc plus que trois compagnies. Pire : tant qu’un renouvellement en profondeur n’aura pas eu lieu, les forces spéciales se voit interdire de participer aux exercices et aux missions internationaux. 

Créée en 1996 et modelée sur les Special Air Service (SAS) britanniques, l’unité d’opérations secrètes est composée d’environ 1400 soldats de commandement et de soutien. Ses tâches consistent notamment à rapatrier les Allemands des zones de guerre et de crise, recueillir des informations ou encore entraîner les forces alliées. 

Munitions volées ?

La ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer, dans un entretien au quotidien Süddeutsche Zeitung, a qualifié les dernières découvertes de « troublantes » et « alarmantes »: 48 000 munitions et 62 kilos d’explosifs ont disparu du KSK. « Le mur du silence est en train de se briser », a-t-elle affirmé. 

Encore hantée par le souvenir du nazisme, l’Allemagne s’est donnée depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale comme objectif d’avoir une armée irréprochable. Et les scandales récents sont vécus comme un traumatisme. 

LIRE AUSSI >> Allemagne : l’Afd, un parti d’extrême-droite dangereusement proche des néonazis 

Dans le même temps, plusieurs des membres des forces spéciales ont été identifiés comme étant proches de la mouvance ultra-nationaliste, au moment où les autorités s’inquiètent d’une résurgence du terrorisme d’extrême droite, visant migrants, Juifs et responsables politiques les soutenant. « Quiconque s’avère être un extrémiste de droite dans la Bundeswehr n’y a pas sa place et doit la quitter », a expliqué la ministre à la radio publique. 

Une nouvelle évaluation devrait avoir lieu fin octobre. Et la ministre de prévenir que si les membres de ces forces spéciales « n’ont pas entendu ce premier coup de feu préventif, la question d’une réorganisation » plus large « de la KSK se posera inévitablement ». 

Série de dérapages

Elle réagissait après une série de dérapages ces dernières années au sein de l’armée allemande, où ont pu prospérer les idées d’extrême droite. Le KSK a attiré de premiers soupçons sur lui en avril 2017, lors d’une fête d’adieu de l’un de ses commandants. Des têtes de cochon auraient été jetées et des saluts hitlériens effectués. Lors de l’enquête interne, des armes avaient ensuite été découvertes dans la propriété privée d’un soldat du KSK en Saxe, qui avait auparavant attiré l’attention en raison de ses positions radicales. 

LIRE AUSSI >> Allemagne : « On assiste à la renaissance d’une pulsion terroriste » 

Enfin en janvier dernier, le service de contre-espionnage militaire allemand (MAD) annonçait que 20 soldats de la troupe d’élite étaient soupçonnés d’être des extrémistes de droite, une proportion cinq fois plus élevée que dans l’ensemble de la Bundeswehr. Cette dernière est déjà régulièrement pointée du doigt sur le sujet. 

En 2017, deux militaires allemands, dont un officier de 28 ans, Franco Albrecht, ont été arrêtés car soupçonnés d’avoir planifié un attentat contre des personnalités allemandes trop favorables à leurs yeux à l’immigration. 

Plusieurs reliques de la Wehrmacht, l’armée du régime nazi entre 1935 et 1945, ont été à l’époque découvertes dans une salle commune de cette caserne de la Brigade franco-allemande située à Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg en France. 

SourceLEXPRESS.FR

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici