Législatives 2024 : Et si la Belgique, réputée ingouvernable, devenait notre modèle ?

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«Qui dit « nouvelles élections » dit « bordel national ». On est en France. » Voilà comment l’humoriste belge Guihome s’empare des clichés dans un sketch diffusé sur les réseaux sociaux et inspiré par la campagne des législatives françaises qui vient de se terminer, dimanche. Car en Belgique, les mésaventures politiques des Français font toujours rire.

Dans la peau d’un scénariste, Guihome imagine une série télé qui se passerait « à l’aube d’une Troisième Guerre mondiale » avec des personnages parfaitement dessinés : le candidat capable de gagner est « un beau gosse, materné par son mentor et qui ne comprend rien aux dossiers », le président qui a dissous l’Assemblée, « un beau gosse, materné par sa mère et qui a fait crouler le pays » ou encore le potentiel Premier ministre, « un vieil orateur devenu complètement taré ».

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Un sens de l’humour qui va jusqu’à prévoir une saison 2. Celle du gouvernement introuvable, une spécialité du paysage politique belge. Entre 2010 et 2011, puis entre 2019 et 2020, le pays était ainsi resté, par deux fois, sans gouvernement à sa tête pendant plus d’un an. Un record dans le monde. Alors pour une fois que c’est la France qui est touchée…

« Le quotidien des Belges n’a pas fondamentalement changé »

Hélène, une Française qui vit en Belgique depuis plus de quinze ans, s’amuse de la situation. « En réalité, les Belges se prennent moins la tête que les Français avec la politique, car ils savent que ça ne change pas grand-chose à leur vie, dirigée surtout par l’Europe », assure-t-elle.

Un sentiment nuancé par Fabrice Grosfilley, éditorialiste sur la chaîne d’infos de Bruxelles Bxl1. « En fait, le quotidien des gens n’a pas fondamentalement changé lors de ces crises sans gouvernement fédéral parce que la Belgique est un pays plus décentralisé que la France », explique le journaliste.

Si le gouvernement fédéral (qui réunit l’ensemble du pays) peut mettre plusieurs mois à se mettre en place, d’autres pouvoirs peuvent prendre le relais. La Belgique compte ainsi trois gouvernements régionaux (Flandres, Wallonie et Bruxelles) et deux gouvernements communautaires (pour les francophones et les germanophones) qui ont aussi leurs propres ministres et leurs propres compétences en matière d’emploi ou de transport, entre autres. On ne vous parle pas du nombre de parlements.

Vote obligatoire et scrutin proportionnel à un tour

« Un mille-feuille politico-administratif » auquel Selim, enseignant français qui a habité à Tournai, en Wallonie, n’a pas toujours tout compris. « La politique est un sujet appréhendé différemment en Belgique. Ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir les gens afficher leurs convictions politiques avec des drapeaux ou des affiches sur leur voiture ou en façade de leur maison, raconte-t-il à 20 Minutes. En France, ça provoquerait des tensions. »

« Jusqu’à présent, on appréciait le système français où il y avait un vainqueur et un perdant avec ce côté tribun et passionnel des soirs d’élection. Mais les partis anti système sont en train de changer la donne dans toute l’Europe », note Fabrice Grosfilley.

Comme dans beaucoup de pays européens, l’élection belge des parlementaires se fait par scrutin proportionnel à un tour. Dans ces conditions, obtenir la majorité absolue pour un parti tient de l’exception, d’autant plus que les électeurs belges sont obligés d’aller voter sous peine d’amende.

L’absence de gouvernement « panique » les Français

« Il y a une habitude du consensus et du compromis entre les partis. L’article 49.3 qui permet au gouvernement de faire passer en force certaines lois n’existe pas, par exemple », constate Selim. « C’est vrai que nous sommes habitués aux gouvernements de coalition, renchérit Fabrice Grosfilley. Chez nous, ça bouge plus lentement, avec une période de négociations, juste après les élections, pendant laquelle les politiques doivent se taire et faire profil bas. »

« En fait, la France a connu dans les années 1950 un régime pire que la Belgique en matière d’instabilité politique, mais les politiciens français n’ont plus cette culture. Il faut qu’il se replonge 70 ans en arrière », indique Christophe Giltay, journaliste à RTL Belgique, en proposant ironiquement d’« envoyer des experts ».

« En Belgique, voilà un mois que le pays attend le prochain gouvernement sans que personne ne s’en émeuve, comme dans d’autres pays européens comme l’Espagne ou l’Allemagne, alors qu’en France, c’est la panique si ce n’est pas fait en 48 heures », s’amuse-t-il.

Dimanche, « le sujet de la coalition n’a jamais été abordé »

« Maintenant, vous allez comprendre les Belges », plaisante Caroline, qui vit à Gand, dans la partie flamande du pays. Cette psychologue, qui a suivi la soirée électorale sur LCI, a été étonnée de la tenue des débats. « Combien de sièges faut-il obtenir pour pouvoir gouverner en France ? J’ai eu du mal à le trouver. Chez nous, le soir des élections, c’est le premier chiffre qu’on donne pour pouvoir calculer, parti par parti, comment peuvent se former les coalitions. Chez vous, le sujet n’a jamais été abordé. »

Théo, étudiant belge de Tournai, a d’ailleurs du mal à comprendre le fonctionnement même du scrutin français. « Comment l’extrême droite, avec le même score entre le premier et le second tour, peut passer de la première à la troisième force du pays ? », s’interroge-t-il. Une question qui montre à quel point les deux pays sont incomparables.

« C’est de plus en plus complexe chez nous depuis la séparation des régions, reconnaît Caroline. Mais ça oblige les politiciens à trouver en permanence des accords autour d’une table, porte close, pour faire avancer les choses. La France pourrait peut-être s’en inspirer ? »

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