Les Loubavitch et Poutine une proximité pernicieuse

615

Depuis le début de l’ère Poutine, le judaïsme hassidique du mouvement Loubavitch a connu un essor sans précédent en Russie. Mais l’invasion de l’Ukraine risque de coûter cher à ce puissant courant religieux, écrit le quotidien israélien “Ha’Aretz”.

Avec le rétablissement de la liberté de culte, les années qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique, et en particulier les deux décennies de l’ère Poutine, ont été marquées par un développement sans précédent du judaïsme religieux en Russie. “Tout le monde sait que de nombreux Juifs figurent parmi les oligarques gravitant autour de Poutine et du Kremlin, le saint des saints”, rappelle Lev Stesin dans le journal israélien Ha’Aretz.

“Mais d’autres Juifs, religieux ceux-là, font également partie des intimes de Vladimir Poutine”, parmi lesquels Berel Lazar, le grand rabbin de Russie aux yeux de Poutine (le vrai grand rabbin ayant été écarté), et Alexander Boroda, président de la Fédération des communautés juives de Russie, “un organisme dont l’administrateur le plus influent n’est autre que l’oligarque Roman Abramovitch”.

Un mouvement né en Biélorussie au XVIIIe siècle

Ces Juifs religieux appartiennent tous au hassidisme des Loubavitch, également connu sous l’acronyme du mouvement, su movement Habad, réputé pour son prosélytisme auprès des Juifs non religieux.

Né en Biélorussie tsariste à la fin du XVIIIe siècle, l’immense mouvement que constituent aujourd’hui les Loubavitch doit son nom yiddish au shtetl (village majoritairement juif) de Lioubavitchi. Après la révolution d’Octobre et la prise de pouvoir par les bolcheviques, Lioubavitchi fut détaché de la Biélorussie et rattaché à la Russie soviétique, faisant des Loubavitch le seul mouvement hassidique en Russie, avant que ce dernier ne finisse par être interdit et réprimé par le régime communiste. Jusqu’à la dislocation de l’URSS.

“Depuis le début du XIXe siècle, le respect dû au régime en place est une dimension importante de l’idéologie des Loubavitch”, explique Lev Stesin. Ainsi, lors de l’invasion de la Russie par Napoléon, “son guide spirituel jugea que le type de liberté proposé aux Juifs par la France était plus dangereux pour l’âme juive que l’oppression tsariste”.

Trois quarts de siècle plus tard, l’effondrement de l’URSS et le rétablissement de la liberté de culte ont représenté une grande chance pour les Loubavitch. Leur guide de l’époque, Menahem Mendel Schneerson, a ordonné à ses fidèles de revenir en Russie et d’y restaurer le mouvement Habad. Sous la conduite de Berel Lazar, ils ont “relevé le défi en convertissant des dizaines de milliers de Juifs non religieux au judaïsme, dans sa version hassidique s’entend, et en créant des communautés jusque dans les endroits les plus reculés de la Russie, de Mourmansk à Vladivostok”.

Le mouvement Habad “timide” face à l’invasion de l’Ukraine

Dans ce succès impressionnant, Vladimir Poutine, “sans doute influencé comme beaucoup de ses compatriotes par la caricature du Juif aux pouvoirs immenses voire surnaturels et aux réseaux illimités, a pesé de tout son poids en fournissant au mouvement Habad un soutien politique et financier”, à condition de ne pas se mêler de… politique, ni de critiquer le régime en place. Pour Lev Stesin, il ne s’agit de rien d’autre que d’un “pacte faustien”.

Seulement, la guerre en Ukraine pourrait être fatale aux dirigeants russes du mouvement Habad, ses bailleurs de fonds étrangers risquant désormais d’être frappés par les sanctions internationales. En outre, “de nombreux Juifs hassidiques, ukrainiens bien sûr mais aussi occidentaux, risquent de ne pas oublier l’opposition plus que timide de Berel Lazar à l’invasion russe et encore moins les ‘inquiétudes’ exprimées par Alexander Boroda quant à ‘l’influence du nazisme’ en Ukraine”.

Bien que mondial, le Habad reste une organisation occidentale installée à Crown Heights, un quartier de Brooklyn, rappelle Lev Stesin. “C’est de là que provient la majeure partie du financement des Loubavitch russes. Ces derniers ne pourront pas survivre longtemps en tant que secte coupée de son cœur new-yorkais.”

De plus les juifs ukrainiens eux aussi en grande partie Loubavitch sont parmi les victimes de ce dictateur sans aucune morale. Comment dès lors se gargariser d’une telle proximité de ce qui peut paraître comme étant le mal absolu.

Dans la situation tendue qui règne au Moyen-Orient, la Russie joue un rôle central. Heureusement pour Israël, les bombardements russes au-delà de la frontière avec la Syrie sont effectués en coopération étroite avec les deux gouvernements.

La Russie d’aujourd’hui a peut-être conclu des alliances avec l’Iran et la Syrie, mais elle conserve également des liens amicaux avec Israël. C’est la politique officielle du Président russe, Vladimir Poutine, qui entretient également d’excellentes relations avec les Juifs de son pays. Un grand nombre de ses conseillers sont juifs, il choisit comme partenaires commerciaux des oligarques juifs, il est très proche du grand-rabbin de Russie, le Rav Berel Lazare, et il lutte en apparance contre l’antisémitisme en Russie.

En réalité, peu de gens sont au courant que l’actuel dirigeant russe a des sentiments positifs pour les Juifs. On peut en trouver la source dans une expérience de son enfance. Une traduction d’un discours de Poutine dans le cadre d’un congrès d’une association juive en Russie a récemment fait son apparition sur Internet.

Discours de Poutine

« Je vais vous raconter une petite histoire, qui s’est déroulée à Saint Petersburg il y a environ 50 ans. Un jeune enfant, non-Juif, grandit dans une famille très pauvre. A cette époque, la plupart des gens habitaient dans des appartements collectifs, divisés en chambres : dans chaque chambre vivait une famille à part, et seule la cuisine et les salles de bain étaient en commun.

L’enfant de notre histoire avait des parents pauvres qui étaient à peine à la maison, accablés par le poids de la subsistance. Il eut de la chance : la famille voisine habitant dans la chambre attenante du même appartement remarqua qu’il restait constamment seul à la maison, et ils commencèrent à l’inviter. Le père de famille était enseignant, et il l’aidait dans ses devoirs, ils étaient en quelque sorte ses « babysitteurs ». C’était un jeune enfant. La famille juive l’invitait également aux repas de Chabbath du vendredi soir. Cet enfant se souvient comme ils avaient l’habitude de lire des passages à voix haute dans un livre ancien à l’issue du repas.

Il fut très impressionné par les membres de cette famille, qui ne se disputaient jamais. On pouvait discerner le respect entre le mari et sa femme, c’était une belle famille, un modèle dont on peut s’inspirer.

De nombreuses années plus tard, cet enfant grandit et devint maire adjoint de Saint Petersburg. Un jour, il y a 19 ans, il y eut un problème concernant l’ouverture d’une école juive dans la ville. Le maire adjoint apprit que la municipalité n’autorisait pas l’ouverture de l’école juive.

Il s’adressa au vice-ministre de l’Education et lui demanda de quel droit il s’opposait à l’ouverture de l’école juive. Le vice-ministre répondit : « Car je suis Juif ». Il ne voulait pas qu’on dise qu’il avait donné l’autorisation d’ouvrir cette école en sa qualité de Juif. « J’ai pensé qu’il valait mieux maintenir le statu quo : il n’y a pas d’école juive, laissons la situation telle quelle, c’est mieux pour tout le monde ».

Le jeune homme, qui était adjoint au maire de Saint Petersburg, prit les documents et signa lui-même. Bien que personne ne lui eût donné l’autorisation de signer, car ce n’était pas dans ses prérogatives, il apposa néanmoins sa signature sur ces documents. C’est ainsi que la première école juive vit le jour à Saint Petersburg. Cet enfant, c’est moi, Vladimir Vladimirovitz Poutine. »

Ce n’est pas tout

Poutine est un sioniste déclaré, qui a déjà effectué plusieurs voyages en Israël. Il a quatre conseillers juifs, et traite la plupart de ses affaires importantes avec de riches oligarques juifs, et il essaie même de faire passer une loi visant à interdire la négation de la Shoah.

Il rencontre une fois par mois le conseil des institutions juives et sionistes de Saint Petersburg, privilège que les Américains n’ont pas. De plus, il aide beaucoup les Juifs russes dans leur combat contre l’antisémitisme. En réalité, il n’y a pas de Président qui se soit prononcé aussi fermement contre l’antisémitisme que Poutine.

Autre histoire intéressante sur une rencontre entre Poutine et Sharon lorsque ce dernier était Premier ministre en exercice : la rencontre entre les deux hommes dura plus longtemps que prévu. Toutes les quelques minutes, un employé de l’équipe de Poutine entrait dans la pièce et lui présentait un morceau de papier, et en réponse, Poutine lui glissait quelques mots à l’oreille. Cette scène se reproduisit à plusieurs reprises. A un moment donné, Sharon l’interrogea : « Chez nous, si des gens entrent autant de fois dans la pièce au milieu d’une rencontre politique, c’est le signe qu’il s’est passé quelques chose d’important et qu’il faut s’en occuper. S’est-il passé quelque chose ? Souhaitez-vous que nous mettions fin à notre entrevue ? »

Et Poutine de répondre : « Il ne s’est rien passé : mes conseillers m’ont juste glissé que la rencontre durait longtemps et que l’heure du repas de midi était arrivée. Je leur ai expliqué que vous ne mangeriez que de la nourriture Cachère, et je leur ai donné des instructions pour obtenir une telle nourriture. Comme ils savaient que cela me tenait à cœur, ils m’ont tenu au courant à chaque étape. Après une entrevue aussi longue, je suis persuadé que vous avez faim. Dans quelques minutes, on vous servira ici un repas Cachère… »

Vous connaissez l’expression : « Un bienfait n’est jamais perdu » ? Il semble que dans notre cas, la Providence a arrangé les choses de manière prodigieuse et il est impossible de ne pas s’en émerveiller.

Le rabbin Nahman et le hassidisme

Au XVIIIe siècle, le judaïsme européen connaît un véritable mouvement de renouveau en Europe de l’Est. Selon certaines sources, ce phénomène serait né en réaction aux grands pogroms de la deuxième moitié du XVIIe siècle en Pologne et en Ukraine. Le mot “hassidisme” vient de l’hébreu hassidout, qui signifie “piété”. Dans le cadre de ce renouveau, les rabbins de chaque communauté prennent une importance particulière. Le fondateur du hassidisme, le rabbin Israël ben Eliezer (1698-1760), n’est autre que l’arrière-grand-père du rabbin Nahman dit “de Bratslav” (1772-1810). Après un voyage en Israël en 1799, ce dernier revient en Ukraine, où il diffuse ses enseignements (dont il ne subsiste aucune trace écrite). Le hassidisme tel qu’il était prôné par son fondateur et son descendant associe ferveur, enthousiasme, joie, message d’amour et piété, mais aussi étude des “secrets de la Torah”. Le rabbin Nahman se passionne en outre pour la médecine, assistant à des conférences sur la question à Lemberg (aujourd’hui Lviv). Atteint de tuberculose, il meurt en 1810 et est inhumé à Ouman, ainsi qu’il l’avait souhaité, pour être plus près des milliers de Juifs massacrés sur place lors d’une insurrection ukrainienne en 1768. Le hassidisme est aujourd’hui un des piliers incontournables de l’orthodoxie juive.

SourceJFORUM.FR

1 COMMENTAIRE

  1. Je déteste les Loubavitch et autres… mais je pense que ce qu’écrit le Haaretz ne devrait pas faire l’objet de confiance stupide non plus.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici