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dimanche 5 avril 2020

L’Europe au chevet de l’Iran, malgré les sanctions

Face à l’urgence de la crise sanitaire en Iran, l’Union européenne est montée au créneau. Lundi, Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE, a appelé la communauté internationale à envoyer de l’aide humanitaire à destination de la République islamique, et à dépasser les craintes liées aux sanctions américaines qui frappent le pays. « Nous devons réaffirmer que les échanges humanitaires (…), la nourriture, les médicaments et les équipements médicaux (…) ne sont pas sous sanctions américaines », a souligné le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères lors d’une visioconférence. « Cela doit être réaffirmé, car beaucoup de gens pensent que s’ils participent à ce type d’échange humanitaire, ils pourraient être visés par les sanctions », a-t-il ajouté.

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« Nous devons nous assurer que l’assistance et l’aide humanitaire légitime puissent se faire à destination de l’Iran, et ce, indépendamment des sanctions, qui peuvent exister par ailleurs », précise au Point Peter Stano, porte-parole de Josep Borrell. « Il n’y a pas de sanctions américaines sur les échanges humanitaires, ceci est une perception commune erronée », insiste-t-il. « Nous allons donc fournir une assistance de plus de 20 millions d’euros qui permettra de répondre aux besoins du secteur de la santé, afin de s’assurer que les personnes les plus vulnérables sont bien prises en charge. » D’après le porte-parole, l’aide sera distribuée par le biais de ses partenaires habituels, dont font partie le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR) et l’Institut Pasteur de Téhéran.

Washington souffle le chaud et le froid

Outre l’aide de 20 millions d’euros annoncée par l’UE, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se sont engagés à fournir à l’Iran une aide supplémentaire de 5 millions d’euros par le biais de l’Organisation mondiale de la santé et d’autres agences de l’ONU, indique une source diplomatique. « En prenant des mesures pour aider l’Iran sur le plan humanitaire, et en soutenant la demande de l’Iran de pouvoir bénéficier d’un prêt du Fonds monétaire international (de 5 milliards de dollars, NDLR), l’Union européenne prend une position contraire à celle de l’administration Trump », estime Julien Barnes-Dacey, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’European Council of Foreign Relations (ECFR). « La question est maintenant de savoir si le discours politique va se traduire par des faits sur le terrain. »

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Depuis le début de la crise liée au coronavirus en Iran, qui a fait officiellement 2 077 morts et contaminé 27 017 personnes (mais dont le bilan pourrait être cinq fois plus élevé selon l’OMS, NDLR), les États-Unis ont soufflé le chaud et le froid vis-à-vis de Téhéran. À plusieurs reprises pourtant, Washington a publiquement annoncé être prêt à venir en aide aux Iraniens, notamment par le biais de l’Organisation mondiale de la santé, alors que l’Iran réclame au préalable la levée des sanctions américaines. « La seule chose qu’ils doivent faire est de le demander », a déclaré Donald Trump le 29 février dernier. Or, cinq jours plus tard, l’émissaire américain pour l’Iran, Brian Hook, accusait le régime iranien d’avoir « menti à sa propre population » sur l’ampleur de la crise (les autorités iraniennes n’ont révélé les premiers cas de coronavirus que le 19 février alors que le virus semble être apparu dès la fin du mois de janvier, NDLR). Et le 17 mars, Washington imposait une nouvelle série de sanctions contre le secteur pétrochimique iranien.

Crainte des banques

La « main tendue » des États-Unis a été froidement rejetée par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. « Nous nous méfions des intentions des Américains et ne comptons pas sur ces aides », a déclaré dimanche le numéro un iranien. « Les dirigeants américains sont à la fois menteurs, manipulateurs, impudents, et avides. Ce sont des charlatans », a-t-il accusé. « Les Iraniens ne veulent de toute façon pas d’aide américaine », analyse Julien Barnes-Dacey. « Quant aux Américains, ils ne sont pas prêts à lâcher un centimètre de terrain à l’Iran. Pour eux, le coronavirus est une opportunité politique visant à accroître la vulnérabilité du régime iranien en montrant son inaptitude à gérer la crise à l’intérieur du pays », ajoute le chercheur. « Au contraire, l’Europe souhaite répondre à l’urgence humanitaire en Iran, mais sa position est extrêmement restreinte par celle des États-Unis. »

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Officiellement, les sanctions américaines contre l’Iran ne visent pas les secteurs humanitaire ni médical. Mais ceux-ci se retrouvent en réalité impactés en raison du refus des banques internationales d’assurer des transactions, même licites, avec l’Iran. « Si ces médicaments et ces équipements médicaux sont disponibles, ils ne sont pas accessibles aux Iraniens en raison de l’environnement politique créé par les États-Unis, qui intimide beaucoup de compagnies pharmaceutiques pour s’engager dans la lutte contre le coronavirus en Iran », explique au Point le docteur Kamiar Alaei, président de l’Institute for International Health and Education d’Albany, aux États-Unis. Spécialiste du système de santé iranien, ce médecin affirme par exemple avoir essuyé le refus de deux laboratoires pharmaceutiques, le britannique Biosearchtech et le suisse Roche, pour acheter des kits de test et des médicaments à destination de l’Iran, alors que son organisation partenaire avait obtenu une licence de la part de l’Ofac, l’organisme de contrôle financier du secrétariat américain au Trésor.

« Les banques et les compagnies de transport ne veulent rien avoir à faire avec l’Iran, peu importe les biens », explique sur Twitter Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis. « Nous avons besoin d’un canal spécifique tamponné par les États-Unis pour ce qui concerne l’assistance humanitaire. Les Européens l’ont plaidé pendant deux ans. Sans succès. » En utilisant cette fois une agence de l’ONU comme canal de diffusion de son aide humanitaire, l’UE pourrait parvenir à contourner tout risque lié aux sanctions américaines.

« Le régime masque son incompétence »

Une situation quasi similaire oppose déjà le Vieux Continent à son allié américain sur la question de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). En mai 2018, Donald Trump s’est unilatéralement retiré du JCPOA, avant de décréter contre l’Iran les « sanctions les plus sévères jamais imposées à un pays ». Depuis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui restent signataires de l’accord, ont tenté d’offrir des compensations financières à la République islamique afin de la maintenir dans le JCPOA. En vain, l’extraterritorialité des sanctions américaines et le risque d’amendes records du secrétariat au Trésor qui en découlent ont eu raison de leurs efforts. Depuis juillet 2019, l’Iran prend à son tour ses distances avec l’accord sur le nucléaire, en reprenant graduellement ses activités illicites.

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Mais au-delà des sanctions américaines, l’aide internationale humanitaire peut se heurter à d’autres obstacles, cette fois iraniens. Arrivée en Iran dimanche, l’ONG française Médecins sans frontières a eu la désagréable expérience de voir sa mission être annulée par le ministère de la Santé, sous la pression des conservateurs au pouvoir. « Ces gens-là n’ont pas pour priorité la santé de leur population », enrage un médecin en Iran qui a requis l’anonymat. « Le régime masque son incompétence en la mettant sur le dos des Américains. »

SourceJFORUM.FR

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