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Un an après les législatives, ce blocage a des conséquences pour ce pays de 3,5 millions d’habitants, alors que 73 000 Bosniens ont quitté la Bosnie en 5 ans.

Un pays morcelé et paralysé, toujours sans gouvernement un an après les législatives et dirigé par trois coprésidents qui ne s’accordent même pas sur le drapeau du pays. Voilà le tableau actuel, plutôt sombre, de la Bosnie-Herzégovine. 

En octobre 2018, les partis nationalistes avaient encore remporté les législatives. Entre deux anathèmes, leurs responsables s’emploient depuis à bâtir une coalition. Après le scrutin de 2012, il leur avait fallu 16 mois. Le temps qui passe donne raison à ceux qui pensent que ce record sera battu.  

Le représentant serbe dans la présidence tripartite, Milorad Dodik, reçoit volontiers les délégations étrangères dans ses bureaux de Sarajevo-est, quartier périphérique où se sont regroupés les Serbes après la guerre intercommunautaire entre 1992 et 1995, qui avait fait 100 000 morts. N’y flotte que le drapeau de la Republika Srpska, l’entité serbe, mais pas celui de la Bosnie.  

La Bosnie, « un concept raté »

Pour Milorad Dodik, le pays qu’il copréside avec ses pairs croate et bosniaque, n’est qu' »un concept raté ». « Le fait que nous n’ayons pas de conseil de ministres depuis un an est la preuve que nous n’avons pas besoin de la Bosnie. C’est évident, on peut faire sans », a déclaré récemment Milorad Dodik. 

Cadre du principal parti bosniaque (SDA), Denis Zvizdic dirige quant à lui le gouvernement technique qui expédie les affaires courantes, mais est aussi président du parlement, au mépris de la séparation des pouvoirs. 

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La présidence est censée désigner le Premier ministre. Mais ses membres croate et bosniaque, Zeljko Komsic et Sefik Dzaferovic, conditionnent la désignation d’un candidat de Milorad Dodik à son accord à un rapprochement avec l’Otan. Une ligne rouge pour cet ancien favori des Occidentaux, qui s’est mué en prorusse, admirateur revendiqué de Vladimir Poutine et objet de sanctions financières aux États-Unis. 

Les institutions s’organisent selon un système complexe, né de l’accord de paix de Dayton signé en 1995 et bâti selon des lignes communautaires, avec deux entités autonomes, la Republika Srpska et une fédération croato-bosniaque, reliées par un gouvernement central. 

Ce dispositif est censé respecter les droits des « trois peuples constitutifs », Bosniaques (musulmans, 50 % de la population), Serbes (orthodoxes, un tiers) et Croates (catholiques, 15 %). Sans se préoccuper des « ostali », les « autres », juifs, roms ou ceux qui refusent de s’identifier à ces trois catégories.  

« Un cirque dont nous sommes les spectateurs »

« C’est un cirque dont nous sommes les spectateurs. Certains regardent, d’autres, ceux qui ne sont pas encore lobotomisés, abandonnent » et émigrent, résume Nejra Hadzic, étudiante en architecture à Sarajevo Selon les chiffres de 2018 d’Eurostat, 173 000 Bosniens ont quitté leurs pays en cinq ans.  

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Des ONG locales estiment que 50 000 personnes partent désormais chaque année, pour un pays qui comptait 3,5 millions d’habitants en 2013. Comme si chaque année, la France et l’Allemagne perdaient l’équivalent de Marseille ou de Cologne.  

« Comment comprendre une démocratie où le Premier ministre est aussi président du Parlement ? Dont le président dit tous les jours que son pays ne doit pas exister ? », s’interroge Nejra Hadzic. 

Pour l’historien et diplomate Slobodan Soja, les Américains sont responsables pour avoir sciemment imposé la question de l’OTAN dans l’objectif de laisser à l’écart du pouvoir le parti de Milorad Dodik. « Les intérêts de deux superpuissances (la Russie et les États-Unis) se confrontent en Bosnie » et celle-ci « en paye le prix », poursuit Slobodan Soja. Selon la Fondation Robert Schuman, un centre de réflexion pro-occidental, « le grand intérêt de la Russie, son obsession même, c’est d’éviter que la Serbie et la Bosnie-Herzégovine ne deviennent membres de l’Otan ». 

Ce blocage a des conséquences pour ce pays, l’un des plus pauvres d’Europe, en proie à un clientélisme et une corruption endémiques. Il gêne la gestion des migrants bloqués par milliers sur son territoire et empêche la ratification de 45 accords, bloquant ainsi, selon Denis Zvizdic, un milliard d’euros d’investissements, notamment d’infrastructures terriblement déficientes. 

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