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Contre l’Iran, Trump et Mike Pompeo ont fait de Varsovie la plateforme d’une reconquête de l’Europe – qui ne mène nulle part.

Parmi les nombreux débattements de la diplomatie américaine selon Trump, celui-ci mérite qu’on s’y arrête spécialement. Car ce « happening » se déroule en Europe, pour la fracturer un peu plus, et vise très directement l’Iran, afin de l’isoler davantage. L’intitulé de cette rencontre internationale, qui se tient à Varsovie, est en effet inutilement trompeur : « Conférence ministérielle pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient » – ainsi formulé, qui pourrait être contre ? 

Une conférence anti-Iran

En réalité, ni l’Union Européenne, en la personne de sa haute représentante pour la politique étrangère et de sécurité, Federica Mogherini, ni l’Allemagne, ni la France n’assistent à ce mini-sommet qui ne réunit au total qu’une petite douzaine de pays (dont les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, le Yémen, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, Oman, les Emirats Arabes Unis). 

Sans surprise, la Russie est notoirement absente, d’autant plus que le président iranien Hassan Rohani est précisément en visite à Moscou, ce mercredi 13 février, en compagnie de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, dans le cadre du groupe d’Astana que forment ces trois alliés pour tenter de résoudre la crise syrienne à leur strict avantage. 

Et pour cause : l’objectif de la Conférence de Varsovie est de contrer les manoeuvres de l’Iran et d’adopter la ligne la plus dure possible autour de la position américaine, qui sera incarnée sur place par le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo et Jared Kushner, le gendre de Trump chargé des propositions de paix énigmatiques entre Israël et l’Autorité palestinienne. Cette dernière, au vrai, ne considère plus du tout Washington comme un partenaire de la résolution du conflit israélo-arabe depuis l’annonce de l »installation de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. 

Une base militaire nommée Donald Trump

Par ce biais, assez maladroit, la Maison blanche entend calmer les vives inquiétudes des partenaires des États-Unis au Moyen-Orient après la décision prise par le président américain de retirer les forces spéciales présentes en Syrie au côté des Kurdes. En résumé, une Conférence anti-Iran, coorganisée par les deux meilleurs alliés actuels au sein du camp occidental, puisque Washington et Varsovie n’en finissent plus de se rapprocher. 

Depuis le voyage en Pologne de Donald Trump, en juillet 2017, ce pays, qui représente légitimement la plus grande force d’Europe centrale, ne cesse de confirmer non seulement son inclination pro américaine, ce qui ne serait pas si malvenu si cela ne venait contrarier sur plusieurs points les positions européennes, mais de surcroît une sympathie affichée pour Trump. Le président Andrzej Duda n’a-t-il pas eu l’idée de proposer d’installer, et de financer (en offrant pour cela 2 milliards de dollars), une base militaire américaine permanente qu’il a même envisagé de baptiser du nom de Donald Trump ? 

Même si l’on peut comprendre la crainte que la puissance militaire russe inspire aux dirigeants polonais, il reste que les achats massifs d’armement auprès des États-Unis (comme l’acquisition du système antimissile Patriot en 2018) ouvrent une brèche durable dans un éventuel et futur schéma de défense européenne. Ces accords bilatéraux approfondissent le fossé entre Varsovie et ses partenaires continentaux et entravent de plus en plus la résolution d’une politique étrangère commune – dérive que Mike Pompeo tente d’encourager de son côté. 

Il existe de profonds point d’accord entre les populistes polonais du parti Droit et justice au pouvoir à Varsovie et l’entourage de Trump : le rejet de l’impératif écologique, la contestation du sauvetage de l’accord sur le nucléaire iranien, à laquelle s’attelle l’Union européenne au grand dam du Département d’Etat américain, le réarmement contre la Russie, la mise à mal du multilatéralisme… 

Le président américain a fait de la Pologne une sorte de laboratoire des nouvelles formes de la domination américaine ; il y a effectué un véritable travail de sape de l’Europe. Qui ne conduit nulle part.  

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