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Après des mois de combat, les forces arabo-kurdes ont repris le dernier territoire approprié par Daech, à Baghouz en Syrie. Mais l’organisation n’est pas défaite.

Après l’annonce un peu prématurée de Donald Trump hier soir, les forces arabo-kurdes ont annoncé ce samedi matin être venues à bout du dernier bastion territorial de Daech, en Syrie, au cours de la nuit, à l’issue de plusieurs mois de combat. « Les Forces démocratiques syriennes déclarent la totale élimination du soi-disant califat [de « l’État islamique »] et une défaite territoriale à 100% de l’EI », a déclaré un porte-parole des FDS, Mustefa Bali dans un communiqué. 

Les combats ont été très violents face aux derniers irréductibles de Daech, a précisé ce porte-parole, mais les Forces démocratiques syriennes, soutenues par les États-Unis, ont désormais levé leur drapeau sur Baghouz pour célébrer leur victoire. 

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Mais la défaite territoriale ne signifie pas pour autant la fin de Daech, et encore moins sur l’islamisme en général, prévient à L’Express Marc Hecker*, docteur en science politique et directeur des publications de l’Institut français des relations internationales (Ifri). 

L’Express : Que représente la chute de Baghouz pour l’avenir de Daech ? 

Marc Hecker : Cette défaite est très significative, dans la mesure où le maintien et l’expansion de ce territoire étaient la base de la propagande de Daech. Son nom déjà, signifie « État islamique », et ceci s’est effondré. C’est donc un coup dur pour eux, d’autant plus que leur propagande à sa création visait à montrer qu’un État en bonne et due forme allait se développer, avec une société « utopique » basée sur les préceptes de l’Islam. C’est maintenant contredit par les faits. 

Est-ce pour autant la fin de Daech ? 

Absolument pas, et ce pour plusieurs raisons. D’une part, il reste encore des combattants en zone syro-irakienne, qui sont repassés sous les radars et qui agissent en mode guérilla. À la mi-2018, soit avant les combats des derniers mois, le Pentagone estimait qu’il y avait 30 000 combattants répartis entre la Syrie et l’Irak. Il y en a évidemment beaucoup moins depuis, mais il en reste certainement. D’autre part, leur idéologie est toujours là, fortement ancrée dans les esprits. Cela, on a toujours beaucoup de mal à s’en débarrasser. Enfin, sa vision du califat ne se limitait pas à la zone syro-irakienne. Ils ont tenté des wilayas [des provinces, NDLR] sur d’autres zones comme en Afghanistan, en Lybie, au Yémen ou même en Afrique… Elles existent toujours même si elle ne possède pas de villes et de terres comme elles les avaient jusqu’ici en Syrie et en Irak. 

Un autre aspect démontre le recul de Daech, c’est la chute du nombre d’attentats dans les pays occidentaux. On peut noter qu’entre 2015 et la mi-2016 lors de l’attentat de Nice, il y a eu 238 morts en France. Depuis, il n’y en a eu que 13 – ce qui est toujours tragique, mais la baisse de la menace reste notable.  

Le problème du terrorisme n’est donc pas bientôt réglé ? 

Non, d’abord parce qu’ils restent toujours capables de frapper. Peut-être pas comme on a pu le voir en 2015 avec des commandos organisés, mais par sa propagande qui peut inspirer d’autres terroristes, isolés, mais influencés par l’idéologie de Daech. Et il n’y a pas que ce groupe-là : Al-Qaida existe encore, et il y a aussi d’autres groupes djihadistes qui ne sont pas encore internationalisés. Je pense notamment à Hayat Tahrir Al-Cham qui règne sur Idlib en Syrie. 

Et pour ce qui concerne la France, il reste la menace des personnes qui sont revenues de Syrie ou qui ont été engagées d’une manière ou d’une autre dans le terrorisme dans des associations de malfaiteurs terroristes qui sont actuellement en prison. Ils sont environ 150 personnes condamnées pour terrorisme, environ 80% d’entre elles seront libérables d’ici 2022. 

Existe-t-il un « califat virtuel », qui se regrouperait non plus sur un territoire géographique, mais sur internet ? 

Je n’utiliserais pas une telle expression car si Daech utilise encore internet pour sa propagande, on sent que leurs moyens sont affectés. Ces dernières années, il était très efficace sur le web pour diffuser ses messages stratégiques ou des conseils pour attaquer, ou même pour financer des initiatives, grâce au bitcoin. Mais depuis qu’ils ont perdu leurs territoires, ces moyens spectaculaires et efficaces ont baissé. Le webmagazine Dabiq qui paraissait régulièrement au temps fort du califat existe encore, mais on voit bien que la fréquence et la qualité ont baissé. Ceci dit, ils publient encore des communiqués pour montrer qu’ils existent toujours. Et cela ne s’arrêtera pas avec la chute de Baghouz. 

* Marc Hecker est auteur avec Elie Tenenbaum de Quel avenir pour le djihadisme ? Al-Qaïda et Daech après le califat, disponible sur le site de l’Ifri.  

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