Mali : former la jeune génération pour préserver les manuscrits anciens de Tombouctou

Lorsque, début 2013, les groupes islamistes qui contrôlaient le nord du Mali ont menacé de brûler les manuscrits de Tombouctou, ils ont paradoxalement rappelé leur valeur au monde et à la population de la ville mythique. Heureusement, des habitants avaient discrètement acheminé des dizaines de milliers de ces documents anciens pour les mettre en lieu sûr, dans la capitale Bamako. Aujourd’hui, ils y sont toujours entreposés. Comment les protéger, tout en permettant un jour leur retour à Tombouctou ? En formant des spécialistes sur place !

Les étudiants Les étudiants – © Patricia Huon

Un nouveau cursus a été ainsi été créé, il y a deux ans, dans la ville qui se relève tout juste du conflit, et aux alentours de laquelle les groupes djihadistes restent omniprésents. A l’Institut des hautes études et de recherches islamiques « Ahmed Baba », la conservation et la numérisation des manuscrits anciens sont enseignées à une vingtaine d’étudiants, garçons et filles. « Ce sont des témoignages et des connaissances que nos parents nous ont laissés, dit Rahmatou Mohamed Issa, une jeune femme de 22 ans. Ils traitent de tous les sujets de notre société« .  

Les manuscrits calcinés Les manuscrits calcinés – © Patricia Huon

Les manuscrits sont des textes religieux, mais aussi des correspondances épistolaires, des poèmes, des actes de commerce… Au XVIe siècle, Tombouctou accueillait des milliers d’étudiants, venus d’Afrique ou d’Arabie pour suivre les cours des maîtres réputés de la « perle du désert ». « Ces manuscrits symbolisent l’héritage de la richesse culturelle de Tombouctou, celui que les familles des érudits ont pu conserver. C’est ici même, que les occupants ont brûlé ceux qu’ils ont trouvés, dit Abdoulaye Cissé, secrétaire général de l’Institut Ahmed Baba, montrant des livres calcinés dans une vitrine. Ca a été un vrai coup dur pour nous. Ce qui a été détruit est perdu à jamais. Il faut éviter que cela puisse arriver de nouveau« .

Aujourd’hui, à travers cette formation universitaire, il s’agit de professionnaliser l’apprentissage des métiers du livre, et de répondre au manque de personnes qualifiées dans le domaine au Mali. Sa mise en place a été soutenue financièrement par la Mission des Nations-Unies au Mali, qui y voit un moyen de lutter contre le chômage et, par extension, le recrutement par des groupes extrémistes qui s’appuient sur les frustrations et le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse.

Les manuscrits sont classés Les manuscrits sont classés – © Patricia Huon

Un matériel moderne permet de dater les écrits, définir les supports, les encres utilisées… Une fois photographié et encodé, chaque manuscrit est placé dans une boîte en carton, faite sur mesure, et classé. La vingtaine d’élèves enrôlés dans cette première promotion doivent recevoir leur diplôme à la fin de l’année universitaire. 

« C’est un trésor que nous explorons, dit Daouda Traoré, 28 ans, un étudiant originaire du Centre du pays qui, après des études d’arabe qui ne débouchaient sur aucun emploi, a passé le concours pour intégrer cette formation. « Nous pouvons nous référer à ces manuscrits, pour mieux comprendre notre histoire. Des textes évoquent les techniques qu’utilisaient nos ancêtres pour résoudre les conflits, par exemple. Nous pouvons nous en inspirer ». Un moyen pour ces jeunes de se réapproprier leurs racines et leur culture. Et de préserver le patrimoine du Mali.

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SourceRTBF.BE

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