Mort de Pape Diouf : Même les supporters du PSG pensent qu’il « a été un des meilleurs présidents de l’OM »

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Une banderole déployée par le groupe de supporters Marseille Tout puissant en hommage à l’ancien président de l’OM Pape Diouf. — F. Munsch / SIPA

  • L’ancien dirigeant de l’OM Pape Diouf est décédé mardi des suites du coronavirus, à l’âge de 68 ans.
  • Selon un de ses proches, il a « marqué la mémoire collective marseillaise ». Plus par ses actes que par les victoires ou titres remportés.
  • Un ancien joueur du centre de formation de l’OM ou la grande sœur d’un SDF marseillais se souviennent de gestes de générosité de Pape Diouf.

De notre correspondant à Marseille,

Il est 20 heures et la ville applaudit. Ce mercredi, la clameur semblait aller du Vélodrome au Vieux-Port, comme les soirs de victoires de l’OM. Il faut dire que le stade a participé à l’effort collectif : plus tôt cette semaine, l’Olympique de Marseille avait décidé de l’illuminer et de diffuser un des chants mythiques des travées. « Aux armes ! Nous sommes les Marseillais. » Par ces initiatives, l’OM voulait d’abord « rendre un hommage appuyé aux héros du quotidien, les personnels soignants. » Mais les cris de la foule ont aussi résonné pour Pape Diouf​, dirigeant du club entre 2005 et 2009, décédé mardi des suites du coronavirus, à l’âge de 68 ans.

Un peu partout dans Marseille, des écharpes, drapeaux, maillots ou portraits du dirigeant ont fleuri sur les balcons. « Pape Diouf a marqué la mémoire collective marseillaise », estime Jean-Paul Delhoume. Quand il a rencontré Pape Diouf, ce dernier était un employé des PTT ambitieux, étudiant à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Pape Diouf se passionnait aussi pour le sport. Le dimanche soir, il collectait au téléphone les résultats des matchs, afin d’aider les journalistes de La Marseillaise. Mais le souvenir que Jean-Paul Delhoume retient de Pape Diouf se déroule bien plus tard, le 5 mars 2006.

Ce jour-là, Jean-Paul Delhoume monte à la capitale – comme dirait un Parisien. Il va couvrir pour La Marseillaise la rencontre PSG-OM du soir, pour laquelle Pape Diouf a envoyé son équipe réserve : les fameux «  Minots », soutenus par quelques professionnels. « Il fallait oser, articule Jean-Paul Delhoume. Paris n’avait pas alloué le nombre de places nécessaires pour les supporters marseillais. Diouf a pris ça pour un manque de respect et a lancé : « Si c’est ainsi, je déclare forfait ! » »

Les instances du football ont menacé le dirigeant de l’OM des pires sanctions. Alors il a tenté, plutôt que de monter au front, un petit affront. Face à l’inexpérience des Olympiens, les Parisiens « jouent comme des sénateurs », comme aurait peut-être dit Steve Mandanda*. Les jeunes Marseillais font face et laissent passer l’orage. 0-0. Et un retour à Marseille « triomphal », selon Jean-Paul Delhoume :

La gare était noire de monde, des fumigènes partout, une ambiance de folie ! Exactement comme si l’OM avait gagné la Coupe de France, c’étaient vraiment les minots héroïques qui revenaient. »

« Je suis supporter Parisien, et, pourtant, je trouve qu’il a été un des meilleurs présidents que Marseille n’ait jamais eu », considère MSK55, lecteur de 20minutes.fr. Et cette histoire des minots ? « Il nous a ridiculisés, mais on avait qu’à gagner ce match. Il a défendu son club jusqu’à la fin. Respect. » « Ce témoignage vous honore », admet SCDL85, fan de l’OM, qui rappelle à tout le monde que « Pape avait envoyé la réserve au Parc non pas contre le PSG mais pour protester contre les instances. »

Nous n’écrirons pas que le décès de Pape Diouf a réconcilié les supporters du PSG avec ceux de l’OM : ce serait mal connaître la versatilité des amateurs de football. Mais partout en France, ils rendent hommage à l’ex-journaliste, ancien dirigeant de l’OM, qui a aussi été agent de joueurs et a tenté, sans grand succès, une reconversion dans la politique.

« Mon petit frère mendiait dans la rue. Pape Diouf s’est arrêté pour discuter »

Daniel, supporter du PSG, se souvient d’un « président exemplaire, avec beaucoup de charisme. » On pressent que Daniel a rêvé, dernièrement, de ce qu’il se serait passé si la trajectoire de Pape Diouf avait croisé celle de son club de cœur. « J’ai connu Pape à Saint-Etienne, j’ai eu la chance de travailler avec lui à Marseille, j’ai eu le bonheur de côtoyer cet homme », témoigne Christian. Pour lui, Pape Diouf était à la fois « humble, intègre et cultivé ». Bavard, aussi, puisque ce lecteur de 20 Minutes se souvient des « exposés riches, passionnés et passionnants » d’un homme qu’il va désormais « honorer. »

Faute de frappe ? Lapsus révélateur ? Son témoignage se termine tout simplement par un : « Merci Papa. » Il faut dire que Pape Diouf était autre chose que le président de l’OM. Zouzou, qui a travaillé pour lui pendant douze ans, a d’abord eu « peur de sa carrure impressionnante », avant de découvrir « l’élégance » et les « sourires » de cet homme « toujours humble, même quand il était président. »

« Mon petit frère, supporter de l’OM depuis toujours, mendiait rue Paradis », relate à son tour Ingrid. Le vrai cadeau de Pape Diouf n’était pas, cette fois-là non plus, une belle somme d’argent : « Il s’est arrêté et a discuté avec lui plusieurs minutes… Quel moment pour mon petit frère ! »

Souleymane D., ancien pensionnaire du centre de formation de l’OM, se remémore, lui, un entraînement compliqué. Perturbé par la présence de Pape Diouf, venu observer la séance, le jeune homme enchaîne passes ratées et appels dans le vide. « Après l’entraînement, il me dit, je t’accompagne chez toi en voiture », raconte Souleymane D. Mais le plan va changer : le téléphone sonne, Pape Diouf doit déposer Souleymane plus tôt que prévu. « Il me laisse à la Joliette avec trois billets de 500 euros, en me disant : « C’est pour ton transport. » » Pour Souleymane, émigré sénégalais, « Marseille vient de perdre un de ces vaillants fils. »

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* A l’heure où nous écrivons, l’actuel gardien de l’OM n’a pas réagi au décès de Pape Diouf. Steve Mandanda est arrivé à Marseille en 2007, alors que Pape Diouf présidait le club. Depuis, « Il Fenomeno » a joué 549 matchs sous les couleurs marseillaises.

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Source20MINUTES.FR

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