NI OUBLI, NI PARDON :3 mai 1320. Le jour où les Pastoureaux entament une croisade antisémite

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Entraînés par deux clercs illuminés, 10 000 gueux s’en vont tuer du juif à Toulouse, faute de pouvoir se rendre en Palestine.
Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos
Le 3 mai 1320, les Parisiens assistent à l’envahissement de leur ville par une armée de gueux. Ils sont peut-être dix mille, se faisant appeler Pastoureaux, les bergers. Leur long cortège remonte les rues étroites et fangeuses jusqu’à la prison du Châtelet. Ces envahisseurs ont l’humeur belliqueuse. Certains agitent des bâtons. D’autres brandissent des faux. Pour s’encourager, ils chantent des psaumes et incitent les Parisiens à les rejoindre, lesquels préfèrent se terrer chez eux. Les commerçants ferment précipitamment leurs échoppes.
Les Parisiens s’interrogent. Qui sont ces envahisseurs d’apparence aussi misérable ? Ceux-ci leur disent vouloir se croiser, mais qu’ils ont fait un crochet par Paris pour rallier à leur cause le roi, mais aussi faire libérer quelques-uns des leurs emprisonnés au Châtelet. Par la force, au besoin. Le prévôt de Paris descend à leur rencontre pour parlementer. Mais autant inciter des frelons asiatiques à faire demi-tour avec des courbettes. Le malheureux prévôt est aussitôt piétiné à mort sur les marches du Châtelet. Les Pastoureaux s’engouffrent alors dans la sombre forteresse pour extirper leurs compagnons de leurs geôles. Pendant ce temps, les autorités se ressaisissent. Des troupes sont envoyées à la rencontre des envahisseurs, qui préfèrent battre en retraite sur le pré Saint-Germain, le fameux pré aux Clercs. Les deux troupes se font face, les injures fusent. Mais la bataille n’a pas lieu, car, finalement, les Pastoureaux se retirent, prenant la route de l’Aquitaine. Faute d’avoir convaincu le roi de partir en croisade, ils décident d’aller faire un nettoyage ethnique dans le sud du pays. Faute de merles mahométans, ils se contenteront des grives israélites.
La menace du pape
Cette deuxième croisade des Pastoureaux (la première ayant eu lieu en 1251) démarre au Mont-Saint-Michel. De jeunes paysans venus en pèlerinage du nord de la France sont convaincus par un moine bénédictin apostat et un prêtre banni de l’Église de partir combattre les infidèles en terre sainte. Par un prompt renfort, cette troupe dépenaillée devient une armée comptant plusieurs milliers de miséreux : bergers, paysans abandonnant leurs terres, jeunes gens, voleurs, vagabonds, des filles aussi. Pour indiquer leur volonté de se croiser, ils tracent des croix sur leurs sarraus. La troupe marche sur Paris pour convaincre le roi de France de prendre la tête de la croisade. Au départ de Normandie, ils ont encore bonne réputation. La population leur offre de la nourriture. Mais beaucoup de malandrins se sont glissés parmi eux pour piller les fermes rencontrées. Après dix jours de marche, la troupe arrive donc à Paris. Toutefois, Philippe V n’a aucune envie de se croiser en terre sainte. Il a déjà suffisamment de boulot en France pour récupérer les provinces perdues. Alors, partir chez les mahométans pour revenir en pièces détachées comme son arrière-grand-père Saint Louis, pas question…
Même le pape les menace d’excommunication ! Quelle misère ! Chassée de Paris, la troupe emprunte la nationale 20… Direction Toulouse. En cours de chemin, la bande de croisés se transforme en bande de voleurs. Les Pastoureaux terrorisent, pillent, violent et massacrent tout sur leur passage. Les juifs en priorité, mais très vite tout le monde y passe. Les églises et les abbayes sont saccagées. Personne ne peut les arrêter. Telle une nuée de sauterelles affamées, les prétendus croisés s’abattent sur les villes de Saintes et d’Angoulême, qu’ils mettent à sac. Le Périgord, le Quercy et la Lomagne reçoivent leur visite. Ils sont désormais plus de 40 000. Le 25 juin, ils débarquent à Albi et, surtout, à Toulouse, où les juifs se réfugient dans le château narbonnais. Mais les Pastoureaux les délogent pour massacrer tous ceux qui refusent de recevoir le baptême. Ça défoule. Au total : 115 morts.
Siège
Une partie de la troupe prend alors le chemin de l’Espagne pour y poursuivre ses tueries, tandis qu’une autre remonte la Garonne. Quelque cinq cents juifs habitant les rives du fleuve s’enferment dans la tour du château de Verdun-sur-Garonne. Ils sont bientôt assiégés. Pour se défendre, ils balancent tout ce qu’ils trouvent par les ouvertures. N’ayant plus rien à jeter, ils saisissent leurs propres enfants, prétend Guillaume de Nangis (ou plutôt celui qui poursuit ses chroniques). Laissons-le achever cette belle histoire : « Néanmoins, le siège ne cessa pas, car les Pastoureaux mirent le feu à l’une des portes de la tour et incommodèrent beaucoup par la fumée et les flammes les juifs assiégés. Ceux-ci, voyant qu’ils ne pouvaient s’échapper et aimant mieux se donner eux-mêmes la mort que d’être tués par des hommes non circoncis, chargèrent un des leurs, qui paraissait le plus fort d’entre eux, de les égorger avec son épée ; il y consentit et en tua sur-le-champ près de cinq cents. Descendant de la tour avec un petit nombre d’hommes encore vivants et les enfants des juifs, qu’il avait épargnés, il obtint une entrevue avec les Pastoureaux et leur déclara ce qu’il venait de faire, demandant à être baptisé avec les enfants. Les Pastoureaux lui dirent : Coupable d’un si grand crime sur ta propre nation, tu veux ainsi éviter la mort ! Aussitôt, ils lui dépecèrent les membres et le tuèrent, mais ils épargnèrent les enfants, qu’ils firent baptiser catholiques et fidèles. » Seul le grand rabbin de France Gilles Bernheim échappe à la tuerie en prétendant être l’auteur du Bon Petit Catholique pour les nuls.
Leur nettoyage ethnique achevé, l’armée de gueux prend la route de Carcassonne, multipliant les meurtres de juifs dans chaque cité traversée. Sur ordre du roi de France, le sénéchal du pays ordonne aux bons chrétiens de protéger les juifs contre cette bande de barbares, mais « beaucoup de chrétiens, contents de voir périr les juifs, refusaient d’obéir à cet ordre, disant qu’il n’était pas juste de prendre le parti des juifs, infidèles et jusqu’alors ennemis de la foi chrétienne, contre des fidèles et catholiques, ce que, voyant, le sénéchal défendit sous peine capitale qu’au moins personne ne prêtât secours aux Pastoureaux », poursuit le continuateur de Guillaume de Nangis. Finalement, l’armée royale, placée sous le commandement d’Aymeric de Cros, attend les Pastoureaux devant Carcassonne pour les hacher menu. Les survivants sont traqués et impitoyablement pendus. À l’automne 1320, les Pastoureaux ont tous rejoint le paradis ou l’enfer.
Source :
https://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/3-mai-1320-chasses-de-paris-les-pastoureaux-vont-massacrer-du-juif-a-toulouse-03-05-2012-1457554_494.php

Pastoureaux lors du massacre de 500 juifs à Verdun-sur-Garonne.
La Croisade des pastoureaux de 1320a est une insurrection populaire, engagée sans l’appui des puissants et même contre eux. Une semblable croisade populaire a eu lieu en 1251.
Le terme « pastoureaux » désigne les bergers1. L’événement, contemporain du règne de Philippe V, est aussi connu sous le nom de révolte des pastoureaux, ou seconde Croisade des pastoureaux.
À la suite d’un pèlerinage au Mont-Saint-Michel, des groupes de jeunes paysans de Normandie2 sont touchés par les prêches enflammés d’un bénédictin apostat et d’un prêtre interdit pour sa conduite, qui les ont convaincus de l’urgence du « Saint Voyage » pour aller combattre les infidèles. Par bandes entières, ces pastoureaux convergent vers Paris où ils entrent le 3 mai 1320b. Cinq jours plus tard, averti de ce mouvement incontrôlé et subversif, Jean XXII lance l’excommunication contre tous ceux qui se croisent sans l’autorisation pontificale.
Après quelques pogroms, ils se laissent convaincre de quitter Paris recrutant sur leur passage de nouveaux adeptes. Au début du mois de juin, les pastoureaux traversèrent la Saintonge et le Périgord, qu’ils dévastent et pillent. De plus en plus nombreux, ils entrent en Guyenne. Arrivés dans l’Agenais, ils se divisent en deux groupes. Le premier traverse les Pyrénées par le chemin de Saint-Jacquespour continuer ses massacres en Espagnec. Le second groupe remonta la vallée de la Garonne, massacrant cagotsd et juifs.

Mis au courant du carnage, Pierre Raymond de Comminges, que Jean XXII venait de nommer archevêque de Toulouse, écrit au pape pour lui demander aide et conseil. Le pape accuse alors le roi de France Philippe V d’irresponsabilité et s’étonne, auprès de son légat Gaucelme de Jean, « que la prévoyance royale ait négligé de réprimer les excès et le pernicieux exemple des pastoureaux, qu’on devrait plutôt appeler loups, rapaces et homicides, dont les procédés offensent gravement la Majesté Divine, déshonorant le pouvoir royal et préparant, pour tout le royaume, des dangers inexprimables si on ne les arrête pas ».
Ce qui n’empêche point, le 25 juin, les pastoureaux de s’en prendre aux juifs d’Albi et de Toulouse. Quatre jours plus tard, ils sont aux portes de Carcassonne où l’armée royale les attend. Placée sous le commandement d’Aimeric de Cros, le sénéchal du Languedoc, elle a le soutien des troupes du jeune Gaston II de Foix-Béarn, alors âgé de douze ans. Les pastoureaux sont écrasés.
Les rescapés du massacre s’enfuient vers la région de Narbonne. Les consuls, avertis par le sénéchal, mettent leur cité en état de défensee. Le pape écrit à l’archevêque de Narbonne Bernard de Farges pour qu’il fasse de même. Les routes et les cols sont barrés et l’on pend systématiquement les chemineaux, les fuyards et tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un pastoureau, éradiquant le mouvement durant l’automne 1320f.

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