« Nokiagate » : tout comprendre à la polémique autour du Premier ministre néerlandais

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Il n’est pas « un grand fan des smartphones ». Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, cultive son image d’homme simple et frugal en se déplaçant à vélo dans la Haye et en refusant de se soumettre aux nouvelles technologies, en particulier les smartphones. Mais cette image a pris un coup cette semaine : un journal national le soupçonne d’avoir supprimé de son Nokia des messages d’importance qui portent sur la gestion de la pandémie de Covid-19.  

Un débat parlementaire a eu lieu jeudi 19 mai afin de déterminer si la loi sur les archives a bien été respectée. L’Inspection de l’information et du patrimoine du secteur public a ensuite annoncé l’ouverture d’une enquête sur la gestion de l’information au ministère des Affaires générales, sur la base de la polémique sur les SMS concernés. 

  • Les faits : des soupçons de messages supprimés

En 2020, le quotidien De Volkskrant avait lancé une procédure judiciaire pour accéder aux messages de Mark Rutte, afin d’accéder aux communications gouvernementales pendant la pandémie du Covid-19. Le journal s’est appuyé sur une décision de l’année précédente selon laquelle les messages SMS et WhatsApp étaient inclus dans la loi sur les archives.  

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Cette loi prévoit que certaines correspondances gouvernementales doivent être conservées afin de pouvoir expliquer au public – y compris aux députés et aux journalistes – pourquoi certains choix ont été faits. Mais le journal s’est dit surpris de n’avoir reçu que des messages transmis par le Premier ministre à son personnel et a demandé plus d’informations. Entre fin 2019 et juin 2020, le responsable n’a transmis que 41 messages liés à la pandémie. 

Le Premier ministre s’est défendu, mercredi, en expliquant avoir archivé tous les messages importants et supprimé les autres, sur un vieux téléphone portable, pour libérer de l’espace. « Je me suis conformé aux directives », s’est défendu, devant des journalistes, celui qui est surnommé « Premier Téflon » par les médias néerlandais en raison de sa capacité à survivre aux scandales. Il a souligné qu’il n’avait pas enfreint la loi sur l’archivage, insistant n’avoir « jamais délibérément » caché des affaires importantes en supprimant des messages. Un avocat représentant l’État néerlandais a pour sa part déclaré que le chef du gouvernement avait procédé à un « archivage en temps réel » et qu’il n’y avait aucune raison de soupçonner un délit. 

Le Premier ministre, « pas un grand fan de smartphones » selon ses dires, a expliqué avoir conservé son ancien modèle dans le cadre de ses fonctions. Les milliers de messages reçus par le chef du gouvernement ont fait, selon ce dernier, ralentir l’appareil, raison pour laquelle il a commencé à en supprimer. Les attachés de presse de Rutte ont entre-temps confirmé qu’il possédait désormais un smartphone. 

  • Pourquoi ça compte : un manque de transparence sur la pandémie

Cette explication ne semble pas convaincre. Le chef du gouvernement, âgé de 55 ans, déterminait personnellement quels messages étaient suffisamment importants pour être transmis à un responsable gouvernemental afin d’être archivé, explique De Volkskrant.  

Lors d’un débat parlementaire qui s’est tenu jeudi, une motion de censure a été présentée par le leader d’extrême droite Geert Wilders, sans succès, rapporte Politico. Mais les députés de l’opposition ne lâchent pas l’affaire.  

Le député indépendant Pieter Omtzigt, s’est indigné, après le débat, prenant la connaissance d’un nouvel élément concernant la polémique : depuis un an, un projet et un budget prévoient un meilleur stockage des messages texte dans le ministère concerné. Selon lui, « chaque département a dû présenter un plan d’action sur la fourniture d’informations. Et tout cela avant le 1er juin 2021 ». Ce plan, transmis au député après le débat, prévoit de sauvegarder les messages et d’acheter un logiciel pour ce faire, qui devait être prêt dès 2022. Il dénonce alors des informations livrées par le gouvernement « intempestives, incomplètes et incorrectes ». 

La polémique a trouvé écho dans les couloirs de l’Inspection de l’information et du patrimoine du secteur public qui a annoncé lancer une enquête sur la création d’archives dans ce domaine au ministère des Affaires générales, dont la portée « sera déterminée plus en détail. […] L’Inspection ne peut se forger une opinion sur la base de déclarations publiques quant au respect de la loi sur les archives. Cependant, elle voit actuellement une raison suffisante pour explorer davantage la façon dont la Loi sur les archives a été appliquée », ajoute-t-elle. 

  • Le contexte : perte de confiance envers le gouvernement

« Nous avons un Premier ministre qui sape les fondements de la démocratie », s’est alors insurgé Pieter Omtzigt, cité par Politico. Beaucoup de députés ont critiqué le comportement du Premier ministre, soulignant que ce scandale du « Nokiagate » est révélateur d’un manque d’ouverture et de transparence du gouvernement, poursuit le site du quotidien européen basé à Bruxelles. 

Tout ceci dans un contexte de défiance et de perte de popularité pour Mark Rutte. Selon un sondage Ipsos publié fin avril, le cabinet du chef du gouvernement ne bénéficie de la confiance que d’un Néerlandais sur trois (33%). Et environ la moitié de la population (49%) évalue le fonctionnement du gouvernement comme (très) mauvais. 

Il faut dire que la population s’est soulevée à plusieurs reprises contre les restrictions anti-Covid au cours de manifestations qui ont parfois tourné à l’émeute. Mark Rutte a lui-même admis des « fautes » dans la gestion de la crise sanitaire. « Je n’ai pas réussi à convaincre suffisamment les gens des mesures de base », a-t-il souligné fin décembre au Telegraaf. Cette polémique autour de la gestion de la pandémie ne devrait pas redorer son image auprès du peuple néerlandais. 


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D’autant que Mark Rutte a déjà été poussé à la démission de son gouvernement il y a un peu plus d’un an, à la suite d’un scandale concernant les allocations de garde d’enfants, sur fond de profilage ethnique. 

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SourceLEXPRESS.FR

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