Palestiniennes, un documentaire de Mariette Auvray

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Le 8 mars dernier, dans le cadre de « Ciné Palestine nomade » et de la journée internationale des droits des femmes, Ciné Palestine Toulouse-Occitanie, en lien avec la Cave Po, partenaire, animait une table ronde radiophonique ayant pour thème « Des femmes cinéastes filment des Palestiniennes ».

Étaient invitées la réalisatrice palestinienne Norma Marcos, à qui nous avons consacré deux articles (PalSol n°64 d’avril 2018 et n°73 de juillet 2020) ainsi que Mariette Auvray, la réalisatrice du film Palestiniennes, film que nous avons apprécié.

Mariette Auvray, journaliste, réalisatrice de documentaires, formatrice, a étudié à Paris (Panthéon-Sorbonne) et Toronto (University of Toronto) ; elle est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Depuis 2007, sa pratique se concentre sur la réalisation de documentaires mettant en scène des personnes et des communautés qui offrent des manières alternatives de penser notre monde contemporain.

Elle a entre autres exploré les enjeux de construction sociale et revendications féministes chez les femmes de sa génération. C’est dans ce cadre qu’elle a réalisé la web série Palestiniennes qui se décline en trois épisodes ou en un film de 52minutes (sorti en 2020).



Pourquoi et comment avoir tourné Palestiniennes, qui montre de jeunes femmes palestiniennes, artistes et créatrices, des femmes à la fois attachées à leur culture et tournées vers l’avenir ?

M.A. : En 2007, j’ai réalisé un film à Jérusalem qui donnait la parole à quatre jeunes israéliens de Jérusalem qui, entre impuissance et révolte, se posaient des questions sur leur responsabilité dans la situation qu’ils vivaient, sur leur avenir dans leur pays. Tout en réalisant ce film, j’étais frustrée d’être aussi proche de la Palestine sans pouvoir rien faire. J’ai eu envie de filmer des jeunes Palestiniennes dans une société en construction et de célébrer la culture palestinienne. Finalement j’ai pu le faire. Mais ça n’a pas été facile !

J’avais peu d’argent et peu de temps, le tournage s’est fait en trois semaines.

Heureusement, j’ai commencé à filmer dès mon voyage de repérage. J’ai dû privilégier les rencontres avec des jeunes femmes qui parlaient l’anglais. Une autre difficulté est que j’ai dû tout assumer seule : interviews, caméra, prise de son.

Plusieurs de ces jeunes femmes ont la citoyenneté israélienne, quelques autres un passeport palestinien ?

M.A. : Oui, mais toutes ces jeunes femmes sont partie prenante de la culture palestinienne, elles se revendiquent Palestiniennes mais sont aussi des femmes modernes. Leur identité passe par la création – que ce soit la musique, la décoration, les vêtements ou la cuisine – basée sur leur culture. Leurs actions, surtout en Israël et à Jérusalem, sont une lutte contre l’effacement des Palestiniens ; c’est un aspect qui revient souvent dans leurs propos, leur art, leurs créations, leur présence sont des espaces de résistance, de lutte pour les droits de l’homme en général et les droits des femmes évidemment. Plusieurs d’entre elles l’expriment et parlent aussi des difficultés pour une femme indépendante et créatrice de s’affirmer dans une société où la culture traditionnelle est lourde.



Votre périple conduit le spectateur d’Haïfa à Ramallah, de Bethléem à Jérusalem ?

M.A. : Oui, j’ai voulu filmer ces jeunes femmes dans leur milieu de vie et de travail, montrer aussi les difficultés de circulation entre Israël et la Palestine, la Cisjordanie (bien sûr je n’ai pu avoir accès à Gaza), les difficultés qu’ont certaines d’entre elles pour circuler, pour exercer leur art, pour sortir du pays. J’aurais aimé aller plus loin, par exemple j’aurais pu filmer à Hébron mais n’ai pu y aller, faute d’accompagnement. Seule, ce n’était pas possible.



Les jeunes femmes que présente le film ne portent pas le voile, elles sont habillées à l’occidentale, circulent seule, conduisent et parfois on voit même une piscine.

Elles appartiennent à une classe sociale aisée ?

M.A. : Oui, ce sont des femmes modernes, qui ont fait des études et parlent bien l’anglais. Elles sont d’un milieu aisé. Je n’avais pas de possibilité financière suffisante pour avoir un traducteur d’arabe et avoir accès à d’autres milieux et d’autres femmes. Mais elles sont totalement partie prenante de leur pays, de leur culture. Pour elles, créer, s’exprimer, se réaliser, faire vivre leur culture, et rester au pays sont une façon forte de résister. Résister à l’occupation, l’émiettement du pays, l’effacement, surtout à Jérusalem-Est, de la présence palestinienne.



Propos recueillis par Colette Berthès

Le film est en 3 épisodes sur YouTube

SourceFRANCE-PALESTINE.ORG

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