Pierre Saba – Le lent suicide de l’Union Européenne

Déplacement de l’UE à Ankara

L’Union-européenne (UE) a dépêché le 6 avril 2021 deux de ses « sommités « rencontrer le président de la république turque Erdogan à Ankara, capitale de la Turquie. La présidente de la commission européenne (organe exécutif) von der Leyen et le président du conseil européen (organe de décision) Charles Michel ont « honoré » Erdogan de leur déplacement.

Le sujet du déplacement était essentiel, objectif, subjectif, tacite et explicite à la fois, tant il est mal géré par l’UE & mal digéré par la Turquie.

La Turquie occupe militairement et civilement le nord de la Syrie. Elle crée des mouvements de réfugiés vers l’Europe dont elle conditionne le maintien en Turquie par des sollicitations financières. Ces montants obtenus de l’UE comprennent les nécessités minimales d’ »accueil « et les taxes maximales de position de force face à l’UE. Il s’agit d’un racket d’Etat.

L’UE exprime publiquement sa terreur de voir pénétrer son territoire par les réfugiés en provenance de la Syrie. Le déplacement des deux responsables européens avait pour but principal de réitérer la disponibilité européenne d’ aides à la Turquie.

Il ne s’agit pas d’un traitement de fond qui exigerait de la Turquie d’évacuer les territoires syriens occupés par invasion militaire et les déplacements de populations qu’elle provoque.

Il s’agit du traitement munichois de la difficulté dont l’UE feint d’ignorer le fond. Elle choisit d’ignorer la culpabilité internationale de la Turquie sur les réfugiés syriens. Et comme si cela ne suffisait pas, l’UE assume les frais des culpabilités turques! Elle règle les frais maximum du maintien des réfugiés en Turquie et des conséquences des déplacements des populations syriennes imposés par la Turquie.

Nouvelle manifestation d’incompétence européenne

La position européenne est difficilement compréhensible.

Le poids économique et financier de l’UE est utilisé pour légitimer l’occupation militaire turque en Syrie, les déplacements turcs de populations syriennes, la contribution turque à la déstabilisation du Proche-Orient et le maintien d’une diplomatie turque fondée sur la menace, la violence et un ensemble de décisions « hors la loi ».

Pourtant, l’UE dispose de moyens de pressions à l’égard d’Erdogan. L’addition de politiques agressives de sa présidence (déplacement de population & occupation de la zone nord de Chypre-membre de l’UE, déplacements de populations en Syrie avec occupations territoriales, intrusions politiques et religieuses turques en France, en Belgique, en Allemagne, blocus contre l’Arménie, etc) ont finit par isoler et affaiblir la Turquie. Erdogan a cessé d’insulter le président français et la chancelière allemande pour les solliciter désormais l’ouverture de discussions destinées à l’aider dans ses démarches économiques (forages méthaniers) et commerciales.

Ni le conseil européen, ni la commission européenne, ni leurs deux représentants à Ankara n’ont paru réaliser ces modifications relatives à la Turquie. L’UE n’utilise dans ses rapports difficiles avec Erdogan aucun de ses instruments de pressions diplomatiques, commerciales et financières. Elle choisit le maintien d’une politique fondée sur la soumission aux exigences turques au nom d’une situation dont elle ne parvient pas à mesurer la diminution de son intensité!

Problème de la représentation de l’UE

Les vingt-sept Etats de l’UE ne sont d’accords que sur une minorité de sujets, ne décident sur aucun dossier de fond, se contentent d’examiner les dossiers sur leurs formes & ne procèdent d’aucune prise de décision. Les exemples sont foisons.

L’UE ne dispose d’aucune compétence sanitaire? Peu importe! Elle décide des exportations-importations de vaccins C19 pour ses Etats et dans le désordre à une cadence peu conforme à l’intérêt prophylactique de ses populations.

Au Proche-Orient et en Afrique, des Etats signent des accords de paix et de reconnaissances avec Israël ? Ça ne compte pas! L’UE préfère soutenir le pouvoir autoritaire et antisémite de l’Autorité palestinienne opposé depuis tant d’années à quelques accords que ce soit avec Jérusalem…à l’exception de ceux qui les font vivre!

Les anomalies protocolaires subies par les représentants de l’UE à Moscou et à Ankara illustrent par l’apparat le mépris dont ils font l’objet désormais un peu partout où « c’est important ». Pourtant, l’UE est toujours la première puissance commerciale au monde. Que penser des excuses avancées par ces mêmes représentants (Michel à Ankara et Borell à Moscou) pour justifier les affronts diplomatiques qu’ils ont eu à subir!

Déviations stratégiques

Les organisations internationales sont captées par les intérêts bellicistes, autoritaires et contraires à leurs propres normes.

L’UE adopte des politiques non conformes à ses propres principes, non conformes aux intérêts des Etats et des peuples qui la composent & non conformes aux situations en cours.

Elle nomme et utilise dans une logique suicidaire des représentants qui semblent dépassés. Sur le fond, ils n’examinent ni n’évoquent le fond des sujets dont ils ont la charge. Sur la forme, ils n’affrontent pas les attaques, les offenses & les manquements dont ils font l’objet personnel et institutionnel.

Suicidaire, l’UE développe aussi un aspect paranoïaque. Elle passe avec bonne conscience à côté de ses intérêts en servant ceux des régimes autoritaires. Elle tourne chaque jour un peu plus le dos à ses traités et ses idéaux constitutifs de libertés, de paix et de progrès.

C’est la la légèreté des décisions de l’UE et de leurs représentants qui sont la cause d’un suicide lent que rien ne semble arrêter.

Pierre Saba

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