Pourquoi Israël accorde soudainement des milliers de permis de travail aux Gazaouis

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En octobre 2021, une photo montrant une foule de Palestiniens se précipiter pour déposer leur candidature pour des emplois peu qualifiés en Israël est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Sur cette photo, ces hommes brandissent frénétiquement leur dossier rempli à travers une grille en direction des employés de la chambre de commerce dans l’enclave assiégée par Israël depuis 2007 ; blocus qui a dévasté l’économie de Gaza, vu le chômage grimper à 50 % et pratiquement coupé la population palestinienne du monde extérieur.

Pour ces démunis, incapables de nourrir leur famille et brandissant désespérément leur candidature, la perspective d’un travail en Israël, même ingrat, est alléchante.

Pour mieux comprendre la scène, il faut revenir en septembre, un mois avant cette photo et quatre mois après l’opération militaire israélienne brutale contre la bande de Gaza qui a duré onze jours.

C’est en septembre que les autorités israéliennes ont annoncé qu’elles allaient autoriser 7 000 Palestiniens de Gaza à occuper des emplois peu qualifiés en Israël.

Quelques jours plus tard, la Coordination israélienne des activités gouvernementales dans les territoires (Cogat) – l’organe chargé des affaires civiles palestiniennes – a déclaré que les autorités autoriseraient 3 000 Gazaouis de plus à travailler en Israël, portant le total à 10 000.

En mars, ce quota a été doublé, passant à 20 000.

La décision d’Israël a été considérée par beaucoup comme une tentative de renforcer le calme précaire entre Israël et le Hamas, qui administre de facto la bande de Gaza et ses plus de deux millions d’habitants.

Soulager la pression économique qui pèse sur l’économie gazaouie en autorisant certains de ses ressortissants à travailler en Israël pourrait permettre à la paix fragile faisant suite à l’offensive militaire dévastatrice de mai 2021 de tenir, selon cette théorie.

Cependant, comme l’a découvert Middle East Eye, certains, parmi lesquels des experts palestiniens et israéliens, ainsi que des organisations de défense des droits de l’homme sur le terrain, pensent qu’Israël peut avoir d’autres motifs cachés.

Parce que dans les cercles militaires et politiques israéliens, d’aucuns pensent que l’offensive de mai contre Gaza a été un échec, que même si l’armée israélienne a infligé de nombreuses destructions et fait de nombreux morts, elle a échoué à endommager de manière significative le système de lancement de missiles du Hamas et n’a pas réussi à éliminer ses cadres militaires et politiques, ce qui signifie que les perspectives de menaces futures venant du Hamas restent inchangées.

L’une des principales raisons de ces échecs, selon certains experts, a été le manque de renseignements sur le terrain permettant d’identifier les cibles et la localisation des personnalités du Hamas. Et quel meilleur moyen d’obtenir des renseignements que d’avoir un groupe tout prêt de Palestiniens démunis et désespérés qui traversent quotidiennement les check-points, où ils peuvent être interrogés et peuvent être contraints à transmettre des informations ?

Permis de travail

Israël contrôle le poste-frontière de Beit Hanoun (Erez) dans le nord de la bande de Gaza. Pour obtenir un permis et passer la frontière, les Palestiniens doivent satisfaire des critères très stricts et subir des examens individuels de sécurité.

Depuis la mise en place du blocus, la grande majorité des Gazaouis ne remplissent pas ces critères, on leur refuse donc des traitements médicaux, la chance d’étudier à l’étranger, de travailler en Israël ou en Cisjordanie occupée, ou encore de retrouver leur famille.

Entre 2015 et 2020, les Palestiniens de Gaza n’étaient que 0,1 % à être autorisés à travailler en Cisjordanie selon le Bureau central de statistique palestinien.

Cependant, au 4e trimestre 2019, les autorités israéliennes ont commencé à accorder un nombre limité de permis de travail et pour les commerçants, un geste visant apparemment à restaurer le calme avec le Hamas. La pandémie de covid a peu après suspendu ce processus.

« Renseignements lacunaires »

Retour en septembre 2021 et à l’annonce israélienne de la reprise des permis de travail.

« La décision de multiplier le quota de commerçants a été prise par l’échelon politique à la suite d’une évaluation sécuritaire sur la question », indiquait le Cogat dans un communiqué.

Celui-ci précisait que cette décision était « conditionnée à la préservation de la stabilité en matière de sécurité dans la région à long terme ».

En mai 2021, Israël a lancé son attaque militaire dévastatrice sur la bande de Gaza (appelée opération « Gardien des murs »), moins d’un mois après l’annonce par l’armée israélienne de la préparation d’une liste de cibles visant à dissuader les groupes armés, en particulier le Hamas et le Jihad islamique.

Lors de l’offensive, le général Hidai Zilberman, porte-parole de l’armée israélienne, a déclaré à la radio de l’armée que les forces du pays avaient une « liste de cibles complète et [qu’elles désiraient] poursuivre et faire pression sur le Hamas ».

Le 15 mai, au 6e jour de l’offensive, le cabinet israélien a réclamé la fin de l’opération puisque la liste des cibles israéliennes était « épuisée », selon la chaîne de télé israélienne Channel 13.

Ce jour-là, les frappes aériennes israéliennes ont détruit un bâtiment de douze étages dans le centre-ville de Gaza qui abritait plusieurs médias, dont Middle East Eye, Al Jazeera et Associated Press.

Le bilan s’élevait alors à 140 Palestiniens tués, dont 39 enfants.

Or selon des experts israéliens, si l’opération a réussi à endommager grandement les capacités militaires du Hamas, elle n’a en revanche pas atteint ses objectifs.

Omer Dostri, spécialiste israélien de sécurité et stratégie, pense que l’opération comportait « des lacunes au niveau opérationnel », n’étant pas parvenue à dissuader les groupes armés dans l’enclave côtière.

« Lors de la dernière opération, comme lors de celles qui l’ont précédée, l’armée de défense d’Israël n’a pas réussi à contrecarrer et détruire le système de lancement de missiles et de roquettes », écrit Dostri dans un article publié dans la revue de l’armée, Maarachot.

« Beaucoup des principales armes stratégiques des forces terroristes de Gaza sont toujours utilisables […] l’armée n’a pas réussi à éliminer de cadres politiques et militaires du Hamas », poursuit-il.

Pour Dostri, l’armée israélienne n’a pas atteint ses objectifs peut-être en raison « de renseignements lacunaires, de lacunes [dans l’identification des cibles] par l’armée de l’air ou de la crainte de blesser des innocents ».

Après l’attaque, les responsables de l’armée israélienne ont prévenu que le Hamas pourrait encore « attaquer Israël », malgré les tentatives pour l’en dissuader.

Selon le quotidien israélien Haaretz, une semaine après le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas en mai dernier, des hauts gradés de l’armée ont déclaré lors de discussions internes qu’il était « impossible de déterminer dans quelle mesure le Hamas avait été dissuadé et comment les dommages à Gaza affecteraient sa décision de lancer une autre campagne prochainement ».

« Continuez à larguer des bombes »

Pendant les 11 jours de l’opération, les forces israéliennes ont tué 256 Palestiniens, dont 66 enfants. Par ailleurs, 1 948 Palestiniens, parmi lesquels 610 enfants, ont été blessés selon le ministère gazaoui de la Santé.

Des centaines de lieux ont été visés dans des zones densément peuplées de la bande de Gaza, y compris des quartiers civils ; ils ont été touchés par environ 2 750 attaques aériennes et 2 300 obus d’artillerie.

C’est peut-être une preuve de plus que l’armée israélienne n’a pas réussi à identifier clairement ses cibles.

Dans une interview avec le quotidien britannique The Independent en 2020, un membre de l’armée de l’air israélienne a rapporté que lors des opérations, en cas de « manque de cibles, les ordres étaient de continuer à larguer des bombes » afin de « faire du bruit ».

Les responsables palestiniens et experts israéliens pensent qu’il y a des « raisons cachées » au fait que les autorités israéliennes ouvrent désormais la porte à des milliers de Palestiniens de Gaza désireux de travailler en Israël. L’une d’elles, d’après certains experts, serait de « combler les lacunes en matière de renseignements » en recrutant des collaborateurs palestiniens pour recueillir des informations sur les membres de groupes armés ou sur certaines activités dans la bande de Gaza.

« Beaucoup parmi ceux qui ont récemment assisté à des entretiens avec les services de renseignement israéliens au poste-frontière de Beit Hanoun ont signalé à leur retour avoir fait l’objet d’extorsion par le ministère [de l’Intérieur israélien] », indique à Middle East Eye Rami Shaqra, colonel travaillant au ministère de l’Intérieur de Gaza.

« On a proposé à certains de collaborer avec des officiers israéliens contre des permis de voyage et de travail ou de l’argent, d’autres n’ont pas reçu de proposition de collaboration mais ont été interrogés sur certaines personnes affiliées à la résistance, leur famille et leurs amis voire des habitants de leur quartier. »

Il ajoute : « Nous sommes conscients qu’Israël va se servir de cette mesure pour tenter de recruter des Palestiniens afin de recueillir des informations sur les habitants de Gaza, surtout que Gaza est désormais une région presque entièrement fermée et qu’il est plus difficile pour l’occupation [Israël] de recueillir certaines informations. »

Le colonel Shaqra assure que les services de sécurité de Gaza sont conscients de cette menace et vont « garder un œil là-dessus ».

Hillel Cohen, universitaire israélien et auteur de Les Palestiniens face à la conquête sioniste(1917-1948) – Traîtres ou patriotes ?, pense que les autorités israéliennes délivrent des permis de travail pour les Palestiniens de Gaza afin d’y maintenir le calme mais cherchent également à recruter de nouveaux collaborateurs.

« La [motivation] première était de réduire les tensions dans [la bande de Gaza]. Mais assurément, cela sert d’outil [pour recruter des collaborateurs], explique-t-il à MEE.

Coercition des Palestiniens

Depuis que Gaza est sous blocus, les organisations de défense des droits de l’homme ont documenté des dizaines de cas dans lesquels Israël s’est servi de son contrôle sur les postes-frontières pour contraindre les Palestiniens à collaborer avec ses services de renseignement en échange de permis de voyage et de travail ou de traitements médicaux.

L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Gisha a récemment documenté des cas de Palestiniens dont les demandes de permis de travail ont été rejetées à cause de leur refus de collaborer avec les officiers de sécurité israéliens au poste-frontière de Beit Hanoun.

« Cette pratique n’est pas nouvelle. Israël se sert de son contrôle sur les postes frontières pour faire pression sur les habitants de Gaza afin qu’ils donnent des informations sur les membres de leur communauté », indique à MEE Shai Grunberg, porte-parole de Gisha.

« On fait comprendre aux habitants que s’ils ne livrent pas ces informations, les interrogateurs de l’agence de sécurité israélienne pourraient leur interdire de sortir, même s’ils devaient avoir besoin de traitements vitaux. »

Shai Grunberg confie à MEE qu’à la suite de la décision israélienne d’accorder des milliers de permis de travail aux Gazaouis, son organisation a documenté des cas d’officiers israéliens ayant soumis les titulaires de ces permis de travail à de l’extorsion.

« L’un de nos clients, titulaire d’un permis de commerçant, nous a dit récemment qu’en pénétrant dans le poste-frontière, il avait été pris à part par des officiers israéliens qui lui ont demandé de collaborer avec Israël. On lui a dit que s’il refusait, il ne pourrait pas achever son voyage et entrer en Israël », indique-t-elle.

« Il a refusé, le permis qui lui avait été délivré du côté palestinien du poste-frontière lui a été retiré et il a été renvoyé à Gaza. Il nous a dit que cela lui était arrivé déjà trois fois ces deux dernières semaines. »

Interrogatoire, extorsion, pression

Muhammed Abu Harbeed, spécialiste palestinien de la sécurité, explique que les interrogatoires de travailleurs palestiniens par les officiers israéliens sont l’un des principaux outils de recrutement de collaborateurs.

« Les postes-frontières et les territoires occupés sont les deux principaux endroits où un officier de recrutement peut rencontrer sa victime afin de l’interroger, de la soumettre à l’extorsion et de faire pression sur elle [pour fournir des informations] », détaille-t-il.

« Israël se sert de son contrôle des frontières pour cette raison car chaque jour, 1 200 à 2 400 Palestiniens traversent le poste-frontière de Beit Hanoun, notamment des ouvriers, des étudiants et des visiteurs. »

Si les travailleurs palestiniens signalent des dizaines d’expériences similaires, Shai Grunberg rapporte que Gisha a également reçu des plaintes de patients faisant régulièrement l’objet de chantage de la part d’officiers israéliens qui menacent leur droit de circuler et de recevoir leur traitement médical.

Les autorités israéliennes nient les allégations selon lesquelles ces interrogatoires sont utilisés pour collecter des informations de sécurité ou recruter des collaborateurs.

Mais en 2015, la chaîne de télévision israélienne Channel 10 a publié une conversation dans laquelle Lior Lotan, représentant du Premier ministre israélien pour les prisonniers et personnes disparues, admettait qu’au passage de Beit Hanoun, les services de renseignement se servaient du contrôle de la frontière pour contraindre les Palestiniens à partager des informations de sécurité.

« Lorsque des gens, des proches des personnalités du Hamas, des cadres… quand ils veulent se rendre en Israël pour des traitements médicaux, on leur dit : “Non, donnez-nous des informations sur Avera” », disait-il en référence à Avera Mengistu, un Israélien qui s’est rendu à Gaza en septembre 2014 et été enlevé par le Hamas.

« Politique d’apprivoisement »

Depuis la guerre des Six Jours en 1967, à l’origine de l’occupation israélienne de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, Israël a recruté des dizaines de milliers de Palestiniens pour collaborer et collecter des informations, selon un rapport de 1994 publié par l’organisation de défense des droits de l’homme israélienne B’Tselem.

En tant que puissance occupante, Israël doit fournir les services essentiels à la population occupée. La dépendance des Palestiniens à ces services aide Israël à contraindre bon nombre d’entre eux à collaborer – en employant notamment l’extorsion, la menace et l’incitation. Ceci est contraire au droit international, qui interdit tous les actes contraignant des individus à collaborer avec une puissance occupante.

D’après l’universitaire israélien Hillel Cohen, le recrutement par Israël de collaborateurs palestiniens a culminé pendant les années 1970 et 1980, lorsqu’ils servaient à recueillir des informations sur les membres de groupes armés palestiniens, dont beaucoup ont été assassinés un peu plus tard.

Une source proche du ministère de l’Intérieur de Gaza confie à MEE qu’en autorisant des milliers de Gazaouis à voyager et travailler en Israël sous de strictes conditions, les autorités israéliennes tentent de mettre en place une « politique d’apprivoisement ».

« Ils veulent que les habitants de Gaza voient cette opportunité comme un privilège qu’ils ne veulent pas perdre en rejoignant ou en soutenant la résistance », poursuit la source.

Selon Muhammed Abu Harbeed, le spécialiste de la sécurité, Israël essaie de « changer la donne dans la bande de Gaza » en utilisant son contrôle des postes-frontières pour imposer une politique de « recrutement collectif » de la population.

« Israël impose différentes politiques et utilise divers outils pour changer la donne actuelle […] La dimension politique derrière cette décision va au-delà de la dimension sécuritaire et opérationnelle », pense-t-il.

« Israël veut donner à Gaza quelque chose que cette dernière aura peur de perdre si la résistance [attaque] Israël. Cela fonctionne en faisant réfléchir la résistance à deux fois avant de lancer une roquette sur les territoires occupés, faisant craindre que des milliers d’habitants de Gaza ne perdent leur emploi et, par conséquent, que les taux de chômage et de pauvreté n’explosent. »

Des faveurs, non des obligations

Moins d’un mois après que le ministère israélien de la Coopération régionale a indiqué que le gouvernement porterait le nombre de permis pour les Gazaouis à un total de 20 000, le Cogat a annoncé la fermeture du passage de Beit Hanoun, réponse aux attaques de roquettes tirées depuis la bande de Gaza lors des récentes tensions à Jérusalem dues aux incursions israéliennes à la mosquée al-Aqsa.

« Après les tirs de roquettes en direction du territoire israélien depuis la bande de Gaza la nuit dernière, il a été décidé que le passage en Israël des commerçants et travailleurs gazaouis via le poste-frontière d’Erez ne serait pas autorisé ce dimanche », a indiqué le Cogat dans un communiqué samedi.

Cette fermeture prendra fin lorsqu’un calme relatif sera restauré, mais les mesures punitives de ce type n’ont rien de nouveau à Gaza.

Moshe Dayan, alors ministre de la Défense d’Israël, déclarait en 1967 : « Faisons savoir à l’individu qu’il a quelque chose à perdre. Sa maison peut être détruite, son permis de conduire peut lui être retiré, il peut être expulsé de la région ; ou au contraire, il peut vivre avec dignité, gagner de l’argent, exploiter d’autres Arabes et voyager dans [son] bus. »

Dans son livre de 1995 La Carotte et le bâton, Shlomo Gazit, premier coordinateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires palestiniens, a écrit que la politique d’Israël visait à « créer une situation dans laquelle la population aurait quelque chose à perdre, une situation où la sanction la plus efficace est la révocation d’avantages ».

Selon B’Tselem, depuis l’occupation par Israël des territoires palestiniens, les autorités ont vu la fourniture de services vitaux et civils palestiniens comme des « faveurs et expressions de bonne volonté qui peuvent être révoqués à tout moment », plutôt qu’une obligation qui lui incombe en tant que puissance occupante.

L’ONG explique que, depuis des années, Israël utilise deux grandes méthodes pour recruter des collaborateurs : « Conditionner la délivrance de services essentiels et de permis à la collaboration, et promettre aux individus suspectés, accusés ou condamnés pour des délits pénaux et sécuritaire que les charges seraient abandonnées, leur sentence allégée ou leurs conditions de détention améliorées en échange de leur coopération et de leur assistance. »

La prise pour cible répétée du secteur économique de Gaza par Israël ainsi que les strictes restrictions imposées aux frontières de la bande côtière ont fait tomber des milliers de ses habitants dans le chômage et la pauvreté.

En 2012, le Cogat a été forcé de publier un document de 2008 qui détaille les « limites à ne pas franchir » par Israël pour la « consommation alimentaire dans la bande de Gaza », à la suite d’une bataille juridique menée par Gisha.

Ce document, établi près d’un an après qu’Israël a resserré son blocus sur la bande de Gaza, détermine le nombre minimum de calories nécessaires à chaque Palestinien pour qu’il ne soit pas malnutri.

Conséquence des restrictions israéliennes, les deux tiers environ de la population gazaouie (64,4 %) étaient en insécurité alimentaire début 2022.

Après l’offensive de mai 2021, le taux de chômage a atteint les 45 % et le taux de pauvreté les 64 %, près du double de celui de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est occupées, avec une augmentation d’au moins 19 % dans les 15 années suivant l’imposition du blocus.

La faim comme outil

L’offensive israélienne a eu des conséquences catastrophiques sur le secteur économique déjà précaire de Gaza, engendrant la destruction d’une vingtaine d’usines et mettant au chômage au moins 5 000 personnes.

En raison de la détérioration de la situation dans l’enclave ainsi que des strictes restrictions imposées aux commerçants, agriculteurs et pêcheurs, les Gazaouis ont été un peu soulagés par l’allègement des limitations sur les permis de travail par Israël.

Abou Jayyab*, qui a un master en administration commerciale et travaillait auparavant en tant que maître de conférences à l’université, est désormais ouvrier du bâtiment en Israël en raison des « salaires extrêmement faibles et du manque d’offres d’emploi à Gaza ».

Lui et des dizaines d’autres assistent aux cours d’hébreu à Gaza afin de pouvoir communiquer avec leurs employeurs en Israël. Dans le même temps, des centaines d’autres jeunes hommes, pour la plupart diplômés de l’université, assistent à ces cours dans l’espoir d’obtenir des permis de travail pour occuper des emplois ingrats en Israël.

« Mon salaire à l’université était d’environ 420 à 560 dollars tous les six mois. Cela ne couvrait pas les besoins de ma famille, je le dépensais en transport », raconte-t-il à MEE.

« En Israël, je suis payé 350 à 400 shekels [110-140 dollars] par jour. Ce n’est pas que je préfère travailler en Israël mais j’ai besoin de travailler pour acheter de quoi nourrir ma famille. »

« Si je trouvais un travail qui ne payait que 50 shekels par jour à Gaza, je resterais et travaillerais ici. »

Hanine Hassan, universitaire palestinienne et vice-présidente de l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme, explique qu’Israël utilise depuis des décennies la faim comme outil de contrôle des Palestiniens à Gaza.

« Outre la menace imminente pour la vie des travailleurs palestiniens que constitue le fait de s’approcher d’un check-point israélien, ces permis de travail sont une forme nuancée de travail forcé sous le régime colonial, car les travailleurs palestiniens ne se voient offrir aucun autre moyen de survie », déclare-t-elle à MEE.

« L’assiègement colonial et le dé-développement systématique de la bande de Gaza ces 50 dernières années ont poussé les Palestiniens affamés à chercher à obtenir des permis de travail israéliens.

« Ces permis ne représentent pas seulement l’exploitation corps et biens des Palestiniens, mais forcent également les travailleurs palestiniens à contribuer à l’éradication de leur libération et de leurs aspirations nationales. »

* La personne interviewée utilise un pseudonyme par crainte de perdre son permis de travail.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

© Flickr

SourceFRANCE-PALESTINE.ORG

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