Présidentielle américaine 2024 : Donald Trump peut-il enterrer l’Otan et son « un pour tous, tous pour un » s’il est réélu ?

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«Payez ou j’encouragerais la Russie à vous envahir. » C’est en substance ce qu’a déclaré Donald Trump samedi à l’intention des pays membres de l’Otan lors d’un meeting en Caroline du Sud. Ses propos ont déclenché une levée de boucliers, alors que l’Alliance montre les dents à Moscou depuis son invasion de l’Ukraine. Qualifiés d’« affligeants et dangereux » par Joe Biden, ces mots posent toutefois une question plus qu’essentielle : qu’adviendra-t-il de l’Otan si Donald Trump est réélu ? Car l’ancien président des Etats-Unis reste un adversaire de taille pour Joe Biden, affaibli par des soupçons de plus en plus aigus sur sa santé mentale, à neuf petits mois du scrutin national.

« Si on utilise une image pour rendre les choses plus parlantes, l’Otan c’est comme Les Trois mousquetaires : « un pour tous, tous pour un ». Ce qu’a déclaré Donald Trump vient donc contredire le principe même sur lequel est fondé l’Otan », réagit Amélie Zima, docteure en science politique à l’Irsem (Institut de recherche stratégique de l’école militaire et spécialiste de l’Alliance). L’article 5 de l’Otan prévoit, en effet, que si l’un des membres est victime d’une attaque armée, cela revient à attaquer militairement l’ensemble des membres de l’Alliance. Dans ses déclarations, Donald Trump mimait un entretien avec un président d’un pays membre de l’Otan à qui il aurait affirmé que les Etats-Unis, sous sa houlette, ne le défendraient pas s’il ne « payait pas ».

« L’Otan n’est pas un épicier »

« Dans les principes de l’Otan, il y a toujours eu cet objectif de parvenir à 2 % du PIB des pays membres en dépenses de défense », rappelle Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Toutefois, ce principe reste une « norme non contraignante », rappelle Amélie Zima. « L’Otan n’a pas d’outil pour contraindre les pays à quoi que ce soit. Lorsque Donald Trump parle de dettes, c’est une mauvaise compréhension de l’Alliance, aucun pays n’est endetté vis-à-vis de l’Otan », martèle-t-elle. « L’Otan n’est pas un épicier qui compte qui a mis 100 grammes et qui en a mis 150 ! », renchérit Yves Boyer.

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump menace les pays qui ne respectent pas leurs engagements en matière de dépenses militaires. En campagne, le trublion américain a plusieurs fois menacé de sortir de l’Organisation du traité Atlantique s’il revenait à la Maison-Blanche. Des intimidations qui ne l’ont jamais quitté, même lorsqu’il était président des Etats-Unis, sans jamais toutefois qu’il ne les mette en œuvre. Mais si ses dernières déclarations ont autant indigné, c’est qu’il est cette fois-ci allé plus loin, assurant qu’il « encouragerait » les Russes « à faire ce qu’ils veulent » des pays qui n’ont pas consacré au moins 2 % de leur PIB à leur budget de défense.

Un candidat dans une « grande partie de poker »

« Le fait que Donald Trump avoue qu’il compte donner le feu vert à Vladimir Poutine pour davantage de guerre et de violence, pour continuer son assaut brutal contre une Ukraine libre et pour étendre son agression aux peuples de Pologne et des Etats baltes est affligeant et dangereux », a réagi dimanche Joe Biden. « La force de l’Otan est de se montrer comme une organisation unie face aux défis de sécurité qu’elle rencontre, note Amélie Zima. Or, lors du dernier Conseil stratégique de l’Otan, en 2022, l’Alliance a désigné la Russie comme principale menace. » La pilule de l’« encouragement » à Poutine est donc difficile à avaler pour les Alliés alors que le commandant suprême de l’Alliance, chargé des opérations militaires de l’organisation, est systématiquement américain.

« Les Etats-Unis sont en pleine campagne électorale, rappelle toutefois Yves Boyer. Il faut tempérer les déclarations de Donald Trump qui s’adresse à un peuple de plus en plus centré sur lui-même dans une grande partie de poker où chacun fait monter les enchères. » Car l’ancien président américain, qui fait face à de nombreux obstacles notamment judiciaires, est loin d’être élu. Ce n’est donc qu’en tant que candidat à la présidentielle qu’il s’exprime. « Et même si Donald Trump était réélu, je doute qu’il puisse se retirer de l’Otan alors que son pays possède de nombreux intérêts en Europe ! », ajoute le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.

Malgré les déclarations tonitruantes du magnat de l’immobilier, les Américains ont continué à participer à l’effort de dissuasion de l’Otan, en envoyant notamment des soldats américains sur le flanc est de l’Europe lorsqu’il était à la Maison-Blanche, rappelle aussi Amélie Zima. Plus qu’une menace envers la survie de l’Otan, « c’est peut-être un avertissement aux Européens qui devrait sortir de leur léthargie et se donner les moyens de se défendre par eux-mêmes » plutôt qu’à travers une Alliance vieille de 75 ans, glisse en conclusion Yves Boyer. Un conseil que de nombreux pays européens ont déjà commencé à mettre en place, à l’instar de la Pologne, terrifiée à l’idée d’être la prochaine cible de Moscou, qui a décidé de consacrer non pas 2 % mais 4 % de son PIB à la défense cette année…

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