Richard Prasquier. Le Tekes Hashba, Ou cérémonie du serment

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Au cours de la cérémonie, des centaines de nouvelles recrues étaient en formation. 
Chacun de nous a prêté serment de protéger Israël et le peuple juif. 
Un par un, nous avons chacun fait notre chemin vers nos commandants de peloton respectifs. 
Un pas en avant, le commandant de peloton me tendit un fusil ; 
un pas en arrière, le sergent me tendit une bible. 
Ces deux objets, tous deux essentiels à l’existence d’Israël en tant qu’État juif, se sont ensuite réunis pour saluer l’officier devant moi.

Je ne vais  traiter ni de l’actualité politique en France, en Ukraine, en Iran ou sur le front du Covid, ni de la dissolution future de la Knesset. Mais après avoir félicité Yonathan Arfi et Ariel Amar pour leur campagne exemplaire pour la Présidence du Crif, je veux parler de ce qui m’a marqué cette semaine et j’en assume le caractère totalement autocentré.

C’est le Tekes Hashba, autrement dit la cérémonie du  serment, qui a eu lieu jeudi dernier à Jérusalem devant le Kotel.

Notre petit fils Ben fait son service dans la brigade parachutiste, dans le bataillon  202. Il a déjà les bottillons rougeâtres et le double ceinturon traditionnels. Il n’a pas encore l’écusson et le béret rouge, qu’il obtiendra quand il aura complété sa formation, validé ses sauts et effectué la massa kumta, l’épuisante marche au béret.

Ses parents, ses soeurs, son frère et ses grands parents étaient là; nous n’avons pas regretté notre voyage surprise. Un millier de jeunes recrues de la brigade parachutiste avec des familles exubérantes et parfois nombreuses (j’ai compté 17 enfants autour d’un seul soldat, dont les tsitsit dépassaient la tunique) encombrent la place dans un désordre total.

Une fois entrés  dans le secteur qui leur est réservé, les soldats continueront de rigoler et de se photographier. « Eifo safta? » Où est grand-mère? hurle l’un d’entre eux après avoir crié son nom de famille, et on laisse passer une vieille dame vers le grillage de séparation. Rak be Israel…

Mais quand commence la cérémonie, la discipline est totale; chacun est au milieu de sa kita, sa classe, le groupe de soldats avec lequel il vit toute la journée. A les voir interagir, on saisit la force des liens qu’ils ont tissés entre eux. L’entrainement physique quotidien est difficile. Celui qui est près de craquer sera soutenu par ses copains.

De loin, je regarde Ben. Il est venu en Israël à l’âge de 11 ans. Je l’ai toujours considéré comme un petit garçon. Ici, il ne joue plus à des jeux d’enfants. A la fin de la cérémonie, il va reprendre son fusil M4 qui va l’accompagner partout où il sera. Il sait que de la cohésion du groupe peut dépendre sa survie. Le sens du collectif qu’il expérimente aujourd’hui va imprégner le reste de son existence. C’est un bénéfice incalculable.

Dans son autobiographie, Elie Barnavi relate son expérience de soldat parachutiste. Il souligne l’importance de la solidarité, mais écrit que l’humiliation est à la base de l’entrainement.

Les choses ont apparemment changé en cinquante ans. Dureté des exercices  certes, mais humiliation, je ne pense pas. Au contraire. Le mefaked, ce sous-officier responsable d’une kita, est venu dans chaque famille pour mieux connaitre le fils, et le chef de l’unité a échangé par zoom avec les parents.

La cérémonie est sobre. Le discours rappelle les faits d’armes de la brigade. Le serment est collectif. Un livre est donné à chaque soldat. C’est la Bible, mais pour certains il est prévu un Coran… 

Aussi fier soit-on, on a un serrement de coeur en pensant aux dangers auxquels ne serait pas exposé le petit-fils s’il était resté en France.

Mais “si tu veux la paix, prépare la guerre”, disaient les Romains. Le pacifisme absolu, c’est une belle posture, mais c’est la mort d’Israël. Nous découvrons aujourd’hui que ce pourrait être aussi la mort de l’Europe.

Il se trouve qu’une semaine avant, une partie de la famille était à Varsovie, à Treblinka et à Auschwitz. C’était une méditation sur le mal, mais c’était aussi une mise en garde contre la faiblesse. En 1944, venu des kibboutzim de ce qu’on appelait yichouv ou Palestine, un premier groupe de parachutistes sauta dans les Balkans; les Allemands prenaient alors le contrôle de la Hongrie et commençaient la déportation des Juifs; la mission fut un fiasco matériel mais  une étape symbolique. Dans ce groupe, il y avait la poétesse Hannah Szenes, à qui Martine Gozlan a consacré un livre émouvant. Son histoire est connue par le récit du seul survivant, Yoel Palgi, un des futurs fondateurs de El Al. A l’origine de cette initiative, il y avait Enzo Sereni, un grand intellectuel, fondateur du Kibboutz Givat Brenner, qui fut parachuté en Italie et assassiné à Dachau.

Et puis, je voudrais citer Derek Bowden, alias David Appel, un Britannique non juif, premier commandant de l’école parachutiste israélienne. Fait prisonnier par les Allemands, il avait été envoyé à Bergen Belsen. Après  la guerre, il lutta avec la Hagana   pour que Bergen Belsen ne se reproduise pas.

Les parachutistes, cette unité militaire dont les techniciens disent qu’elle permet le “contournement vertical”, symbolisent ce dont les Juifs ont tant manqué pendant la guerre, une aide qui serait venue en contournant les lignes de front.

En 80 ans,  la situation a bien changé….Longue vie à nos petits-enfants et aux enfants d’Israël…

© Richard Prasquier

SourceTRIBUNEJUIVE.INFO

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