Richard Rossin. L’affaire Halimi, révélateur du Mal français

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C’est un truisme de dire que la France va mal. Ce n’est pas nouveau et le dernier gouvernement n’en n’est pas seul responsable. Il ne se passe pas de jour sans un lieu de culte chrétien vandalisé, sans un meurtre islamisé, une agression « incompréhensible ». Au pays des lumières certains les ont éteintes.

L’atmosphère est à la délinquance meurtrière depuis des années. Des Juifs (les canaris des mines) sont assassinés parce que Juifs.  Sébastien Selam, Ilan Halimi, les enfants  Myriam Monsonego 7 ans, Gabriel Sandler 4 ans Arié Sandler 5 ans ainsi que Jonathan Sandler 30 ans à l’école Ozar hatorah de Toulouse, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada à l’hyper cacher de la porte de Vincennes, Sarah Halimi puis Mireille Knoll dans leur propre domicile. Les Juifs de France, moins de 1% de la population, concentrent environ 40% des actes de haine. Les dirigeants politiques s’indignent, pleurent, manifestent (n’a-t-il pas lieu de s’inquiéter quand les politiques ne trouvent d’autre façon d’agir que manifester ?) mais que font-ils concrètement ?

Les innombrables crimes commis en France au nom de l’Islam sont rapidement devenus le fait d’abord de loups solitaires puis de déséquilibrés. L’assassin de Sébastien Sellam avait déjà été déclaré pénalement irresponsable. La justice est-elle islamophobe ne reconnaissant pas responsables ceux qui crient Allah hou akbar ? Musulman militant, est-on forcément dément ?

L’affaire Sarah Halimi vs Kobili Traoré est paradigmatique du drame français. Revenons sur les faits : Madame Halimi est menacée et traitée de sale juive pendant des jours et des mois par son voisin Kobili Traoré qui, deux ans auparavant, avait même harcelé sa fille l’appelant Juive dégoûtante. Cet habitué de la mosquée salafiste Omar était-il irresponsable alors ? Le 4 avril 2017, il pénètre chez elle depuis un balcon. Etait-il déséquilibré, alors ? Il la torture pendant près d’une heure (son visage devient une bouillie, 23 fractures !) en hurlant des sourates du Coran et des Allah houakbar puis jette son cadavre du troisième étage. Très tôt, des policiers sont derrière la porte, d’abord un puis trois et bientôt vingt-huit et, comme au Bataclan, n’interviennent pas. Pourquoi n’ont-ils pas porté assistance à personne en danger ce qui est leur devoir au-delà même de la règle pour tout citoyen ? Ont-ils reçu l’ordre de ne pas bouger, de commettre cette infraction ? Quand tout est fini, enfin, ils défoncent la porte. Traoré, calme, ne nie pas avoir torturé et assassiné sa voisine, il est appréhendé sans résistance. La France était en pleine campagne électorale pour les présidentielles.

Quand l’affaire force le mur du silence, le motif antisémite est d’abord nié contre toute évidence. Appelé à la rescousse par les pouvoirs publics le CRIF communique : nous avons vérifié les informations concernant l’éventuelle radicalisation de l’auteur des faits, une intrusion dans la chambre à coucher de la victime et des coups de couteau donnés à Sarah Halimi (Za’I) auprès de la Préfecture de Police, c’est FAUX. Le CRIF, contraint par l’opinion, rejoindra une marche d’hommage à Mme Halimi le 9 avril 2017 et demandera publiquement que toute la vérité soit rendue publique.

A nouveau, la France officielle pleure. Le Président s’indigne… Et alors ? On assure partout que les autorités françaises mettent tout en œuvre pour lutter contre l’antisémitisme, mais il y a une disparité entre cette assurance-là et ce qui se passe réellement dans le pays.

Une enquête judiciaire commence. Tout le drame de l’affaire se dessine dans le réquisitoire introductif du procureur. Le procureur est le représentant de l’Etat. D’ailleurs un arrêt de la Cour de Cassation en 2010 affirme, s’alignant sur un arrêt de la Cour Européenne, que le procureur ne peut être considéré indépendant. Dans ce réquisitoire introductif qui qualifie la mission de l’Instruction exit la non-assistance à personne en danger par la police et la circonstance aggravante évidente de l’antisémitisme. Pas de saisine de la Police des Polices. Une longue bataille commence… Le procureur cèdera sur le caractère raciste six mois plus tard (réquisitoire supplétif) et la juge d’instruction après cinq mois de plus l’intégrera à la mise en examen…

Il faut donc, idéologiquement, mettre en question la responsabilité mentale de l’assassin. Taoré, délinquant multirécidiviste et multi condamné notamment pour violences aggravées, n’avait pourtant jamais souffert de trouble psychiatrique. Le Dr Zaguri, l’expert judiciaire, en est encore à la rédaction de supplétifs à son rapport concluant à une altération du discernement (pas une abolition !), qu’une seconde expertise est demandée par la juge d’instruction… ces premières conclusions n’exonéraient pas d’une responsabilité pénale, n’empêchaient pas que l’assassin soit renvoyé devant le jury populaire d’une Cour d’assise.

En multipliant les expertises, on finit toujours par trouver un expert qui s’aligne. De fait d’autres experts évoquent un trouble psychotique probable (sic) symptôme d’une schizophrénie…donc abolition du discernement pour la juge.

Est appelée à la rescousse la consommation de cannabis, la drogue du peace and love dans les années soixante… drogue illicite qui provoque une baisse de la vigilance lors de la conduite automobile mais permet ici de franchir des balcons !

Selon la loi française, presque tous les crimes commis sous l’influence de drogues sont jugés avec la plus grande sévérité, mais lorsqu’une vieille femme juive est défénestrée dans une rage psychotique rapportée à la prise de substance illicite et que des policiers restent inactifs derrière la porte, alors, apparemment, ça va. Avec cette histoire de chanvre, on a l’impression d’être pris pour des chèvres.

Nonobstant la jurisprudence qui veut qu’en cas de désaccord des experts sur la responsabilité pénale la Cour d’assise soit compétente, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel tranche directement pour l’abolition du discernement et l’usage de drogues devient une circonstance atténuante. Circulez, il n’y a rien à voir.

Entre-temps une autre grand-mère juive, Mme Mireille Knoll, est assassinée, elle aussi chez elle. . Elle aussi avait signalé des menaces à la police qui, là encore, n’avait rien fait… L’instruction est en court. Mais, désormais quiconque tue peut se valoir d’avoir fumé du cannabis pour être exonéré du crime et être libre !

La vérité est éclairée et la ministre, Mme Belloubet, interrogée s’exclame qu’on ne juge pas un irresponsable. On se demande bien qui est irresponsable. Un scandale politique, policier et judiciaire.

Veut-on ne pas faire la lumière ? Du coup qu’importe que le crime soit antisémite, s’il n’y a pas de jugement.

Rien ne suffira plus à calmer l’indignation et au-delà de l’indignation, l’inquiétude des citoyens sur l’avenir de la Justice… Rien n’arrêtera plus la colère

Si la cour de cassation ne casse pas ce déni de justice nous aurons confirmation que la République et la démocratie sont en danger. Les églises pourront continuer de brûler dans l’hexagone et nous ne continuerons à n’en être informés, à chaque fois, que par la presse locale, les citoyens continueront à être assassinés dans les lieux et transports publics. Le peuple sait qui sont les responsables.

Juste avant le forum international sur la Shoah à Jérusalem* le président de la République qui avait déclaré la France en guerre contre l’antisémitisme ira au mémorial des Juifs déportés de France et chemin faisant devrait aussi se recueillir sur la tombe des martyrs juifs français civils les plus emblématiques Ilan Halimi et Sarah Halimi. Juste après le forum sur la Shoah, il rencontrera Mahmoud Abbas, l’auteur d’un mémoire négationniste, le démocrate à quinze ans de son mandat de quatre ans, celui qui appelle à ensanglanter le dit forum. Juste après. Le message est clair. Que ne se rend-il pas aussi sur la tombe d’Arafat qui avait commandité tant d’attentats qui ensanglantèrent la France.

Source: Le Cape. 23 janvier 2020.

Ancien secrétaire général de MSF, cofondateur de MdM, ancien vice-président de l’académie européenne de géopolitique, Richard Rossin est fellow au JCPA-CAPE.

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