Syrie : la guerre clandestine de la France

Bombardements et opérations secrètes : l’engagement français contre Daech illustre la « mise à distance de la guerre ». Une stratégie contestée jusque chez les militaires.

« Les nations occidentales n’ont pas eu la volonté politique d’envoyer 1000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort de la poche de Hajin et épargner à la population plusieurs mois de guerre. » Cette phrase est extraite d’un article, « La bataille de Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? », publié en février dernier dans la Revue Défense nationale (RDN). Le texte a fait l’effet d’un obus lancé dans le débat public. Son auteur est bien placé pour s’exprimer. Le colonel François-Régis Legrier a dirigé la Task Force Wagram – l’artillerie française positionnée à la frontière irako-syrienne – d’octobre 2018 à février 2019. Et son verdict stratégique sur les choix militaires de la coalition internationale, France comprise, pour venir à bout du dernier bastion du groupe État islamique, dans l’Est syrien, est sans appel. « In fine, la question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.) », s’interroge l’officier, avant de conclure : « Certes, la bataille de Hajin [de septembre 2018 à janvier 2019] a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. » La ministre des Armées, Florence Parly, s’est aussitôt mise en colère. L’article a disparu du site Internet de la revue. Les propos auraient pu ternir d’avance la victoire remportée le 23 mars suivant par les Forces démocratiques syriennes (FDS). L’armée arabo-kurde alliée à la coalition internationale annonce « officiellement la fin de tous les combats et la victoire contre le groupe État islamique et la « défaite territoriale » de celui-ci. Les djihadistes de Daech, le « califat » dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, qui s’étaient emparés en 2014 d’un territoire grand comme la Hongrie, à cheval sur la Syrie et l’Irak, venaient de rendre les armes dans la ville syrienne de Baghouz, entre l’Euphrate et la frontière irakienne. L’opération « Roundup », lancée par la coalition au printemps 2018, a fini par écraser sous des milliers de tonnes de bombes les dernières positions du groupe État islamique (EI) dans l’est de la Syrie. Et laissé, à des kilomètres à la ronde, des ruines, encore des ruines, et des dizaines de milliers d’habitants meurtris. Du chaos syrien nous sont essentiellement parvenues des images du martyre d’Alep, la ville rebelle, détruite par les forces de Bachar el-Assad et les différentes factions djihadistes. Et si peu des effroyables destructions entraînées par les bombardements de la coalition. 

Eté 2017. L‘offensive contre Raqqa bat son plein. La reprise de la capitale du territoire contrôlé par l’EI, dans le centre de la Syrie, constitue un objectif majeur pour la coalition. Dans une maison réquisitionnée et transformée en « media center », les journalistes sont tenus à quelques kilomètres du front. « Nous perdions des heures à palabrer avec un commissaire politique kurde pour obtenir le droit de nous approcher de la ligne des combats », se souvient l’un d’eux. 

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