Tunisie : des émeutes éclatent, dix ans après la chute de Ben Ali

Des émeutiers à Ettadhamen, en périphérie de la capitale Tunis, dimanche 17 janvier 2021 (Photo par FETHI BELAID / AFP)

Des émeutiers à Ettadhamen, en périphérie de la capitale Tunis, dimanche 17 janvier 2021 (Photo par FETHI BELAID / AFP)

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En Tunisie, depuis trois nuits, de nouvelles émeutes traduisent vraisemblablement la lassitude et le désenchantement des Tunisiens face à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays, dix ans après la chute du dictateur Ben Ali

Ces violences ont pris place dans plusieurs villes de Tunisie (Tunis, Bizerte, Menzel Bourguiba, Sousse et Nabeul, Kasserine et Siliana), et ce, malgré la mise en place d’un confinement assorti d’un couvre-feu à 16h, contre la propagation du Covid-19. Plus de 600 personnes ont déjà été arrêtées a indiqué le ministère de l’Intérieur, ce lundi. Le porte-parole du ministère Khaled Hayouni a évoqué des groupes de personnes entre 15 et 25 ans qui ont « brûlé des pneus et des poubelles afin d’entraver les mouvements des forces de sécurité », ainsi que des pillages. 

Les heurts ont éclaté dans des zones marginalisées, frappées de plein fouet par la crise économique inédite, la pandémie ayant mis à mal un début de reprise, alors que la classe politique, divisée, est paralysée. Samedi, le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi a annoncé un vaste remaniement de son gouvernement affectant douze ministères notamment ceux de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé. 

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« Cela n’a rien à voir avec les mouvements de revendication garantis par la loi et la Constitution », a néanmoins estimé Khaled Hayouni. « Les revendications se déroulent normalement le jour (…) et sans actes criminels », a-t-il ajouté dans une interview à la radio privée Mosaïque, faisant état de deux blessés parmi les forces de l’ordre. 

L’armée a déployé des renforts dans les régions de Bizerte (nord), Sousse (est), Kasserine et Siliana (centre-ouest) – afin de protéger les bâtiments publics, a également indiqué ce lundi un porte-parole du ministère de la Défense, Mohamed Zikri. 

« Rentrez chez vous! »

A Ettadhamen, quartier populaire en périphérie de Tunis, comme dans plusieurs autres villes tunisiennes, les émeutes et policiers s’échangent jets de pierres contre tirs de gaz lacrymogènes. 

« S’il y avait quelqu’un pour juger nos abrutis de politiciens… Ces délinquants ne sont que le résultat de leur échec ! », peste Abdelmonem, un serveur de café. Dans les rues, des adolescents remplissent leurs poches de pierres. « C’est pour les ennemis », lance joyeusement l’un d’eux en allusion aux agents de la police. 

Le son des sirènes hurlantes ne couvre pas celui des explosions des feux d’artifice jetés depuis des toits de maisons, d’où des jeunes visaient dès la nuit tombée, à coups de pierres, un important dispositif de police et de la garde nationale (gendarmerie). 

« Rentrez chez vous! », lance avec un haut-parleur l’un des gendarmes, au moment où les forces de sécurité tiraient massivement des gaz lacrymogènes pour disperser les groupes présents. Pour Abdelmonem, « ce sont des jeunes adolescents qui s’ennuient qui sont les auteurs de ces violences ». Mais l’homme de 28 ans estime que « c’est la classe politique qui est la cause de ces tensions ». 

En Tunisie, les tensions sont vives entre différents partis composant un Parlement fragmenté depuis les élections de 2019. Ces mêmes tensions fragilisent le gouvernement largement remanié samedi et en attente d’un vote de confiance. 

Sur les réseaux sociaux, certains Tunisiens attribuaient donc ces violences à l’échec de la classe politique à améliorer la situation, d’autres accusaient des parties d’instrumentaliser ces troubles pour « créer le chaos ». 

Ces divisions paralysent le pays au moment où l’urgence sociale s’accentue avec la pandémie de nouveau coronavirus (177 231 cas, dont 5 616 décès), qui ajoute la hausse du chômage à celle des prix et met en évidence la défaillance des services publics. 

« Je ne vois aucun avenir ici ! Tout est triste, dégradé, nous sommes vraiment dans la merde ! », lance le serveur, tirant nerveusement sur une cigarette, déterminé à prendre la mer « le plus tôt possible sans jamais revenir ». 

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Le mois de janvier est, enfin, régulièrement le théâtre de mobilisations en Tunisie, car cette période marque l’anniversaire de plusieurs luttes sociales et démocratiques majeures. Mais ici, « il ne s’agit pas de mouvements de protestation, ce sont des jeunes qui viennent de quartiers proches pour voler et s’amuser », estime Oussama, 26 ans, un habitant d’Ettadhamen. « Si on proteste, ça sera la journée et à visage découvert. » 

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