Un Israélien reconnu coupable du meurtre d'une famille palestinienne

9

Amiram Ben-Ouliel est un colon israélien. Que la justice de son pays vient de déclarer coupable du meurtre d’un bébé palestinien et de ses parents. Les faits se sont déroulés une nuit de juillet 2015. Des cocktails molotov ont été lancés dans la maison de la famille Dawabsheh située à Douma en Cisjordanie occupée, entre Naplouse et Ramallah. Endormi au moment où la maison prend feu, Ali, un bébé de 18 mois est brûlé vif. Son père Saad et sa mère Riham, surpris comme lui dans leur sommeil, avaient succombé à leurs brûlures dans les semaines suivantes. Seul le frère du bébé, Ahmed, alors âgé de quatre ans, a survécu au drame.

Deux aveux obtenus sous la torture ?

On saura le 9 juin prochain à quelle sentence Amiram Ben-Ouliel est condamné est exactement. Pendant son procès, il a refusé de témoigner, il a été condamné sur base de ses aveux lors de l’interrogatoire. Yitzhak Baum, son avocat, a déclaré à la sortie de l’audience ce matin :  » Nous ne sommes pas surpris par le jugement d’aujourd’hui. […] Il était évident qu’Amiram serait condamné pour des actes qu’il a avoués mais qu’il n’a pas commis. Ses aveux et confessions ont été obtenus après de sérieuses violations de ses droits, y compris par la torture. Nous espérons que la Cour Suprême annulera ce jugement et décidera que les aveux faits sous la torture ne sont pas recevables en Israël. « 

C’est en effet par ce biais que la défense entend faire revoir le procès. Elle pointe les interrogatoires du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, qui auraient duré durant 3 semaines et qui n’auraient pas respecté les droits de l’accusé.

Hussein Dawabshe, père et grand-père des victimes Hussein Dawabshe, père et grand-père des victimes – © JAAFAR ASHTIYEH – AFP

Ce jugement ne ramènera pas ma famille

Au sein de la famille des victimes, certains regrettent que personne d’autre n’ait été jugé.  » Ça reste un acte de justice incomplet car nous sommes certains que l’incendie n’est pas le fait d’une seule personne », a regretté Nasser Dawabsheh, l’oncle du bébé.

Hussein Dawabsheh, grand-père et père des victimes a lui indiqué que  » ce jugement ne ramènera pas ma famille. […] Je ne veux pas que d’autres enfants traversent le traumatisme que nous avons vécu. Cela fait 5 ans, dont une entière passée à l’hôpital. «  Il évoquait alors le sort du seul enfant gravement brûlé qui a survécu à l’incendie. Le tribunal de Lod, dans le centre d’Israël, qui a jugé cette affaire, a également reconnu Amiram Ben-Ouliel coupable de tentative d’homicide, d’incendie criminel et de conspiration en vue de commettre un crime raciste.

Douma, où habitait la famille Dawabsheh, et la photo d'Ali, 18 mois, mort dans l'incendie volontaire de la maison Douma, où habitait la famille Dawabsheh, et la photo d’Ali, 18 mois, mort dans l’incendie volontaire de la maison – © HAZEM BADER – AFP

Qui est Amiram Ben-Ouliel ?

Amiram Ben-Ouliel est né en juillet 1994 dans une colonie israélienne établie au nord de la ville palestinienne d’Hébron. Fils d’un rabbin, il éprouve beaucoup de difficultés scolaires et se met à fréquenter les milieux extrémistes juifs. Il rompt les liens avec sa famille et fait notamment partie d’un groupe qui veut établir une présence juive dans les villes palestiniennes de Naplouse et Jericho. Juste avant l’incendie de la maison de la famille Dawabsheh, il vit dans un bus, dans ce que l’on appelle un avant-poste, sur la colline surplombant la petite ville de Douma. Un avant-poste est une installation illégale, y compris aux yeux de la loi israélienne, d’un petit groupe d’Israéliens en territoire palestinien. Dans ces installations souvent rudimentaires, ils occupent un lieu, avec l’espoir qu’une colonie finira par y être construite.

Le triple meurtre de la famille Dawabcheh avait scandalisé énormément de monde dans les territoires palestiniens mais aussi en Israël et à l’étranger. Cette condamnation d’un colon, fait assez rare, viendra, si elle n’est pas annulée par la Cour suprême, clôturer un épisode particulièrement dramatique où l’Etat hébreu avait été critiqué par des organisations de défense des droits humains pour son « laxisme » vis-à-vis des groupes extrémistes juifs.

Amiram Ben-Ouliel, un colon juif, arrivant au tribunal de Lod, ville du centre d’Israël

SourceRTBF.BE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici