Vaccination dans le monde : après l'égoïsme des débuts, le sursaut de l'Amérique

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Quand l’Oncle Sam se réveille, c’est en sursaut. Joe Biden a annoncé officiellement jeudi une commande de 500 millions de doses de vaccins Pfizer/BioNTech pour venir en aide aux pays en difficulté. « Notre devoir humanitaire est de sauver autant de vies que possible », a martelé le président américain en visite en Europe pour les sept prochains jours. Manière de balayer les critiques sur le retard à l’allumage des Etats-Unis concernant le partage de vaccins. 

Dans le détail, la distribution doit se faire auprès de 92 pays via le dispositif Covax, un partenariat public-privé piloté par l’OMS. Environ 200 millions de doses doivent être livrées d’ici la fin de l’année, tandis que les 300 millions restantes le seront d’ici juin 2022. Une contribution de taille au mécanisme onusien, qui constitue d’ailleurs la plus importante donation enregistrée à ce jour. En parallèle, le G7, qui se réunit ce vendredi en Angleterre, va s’engager sur une livraison d’un milliard de doses, dont les États-Unis contribueront donc pour moitié. 

Des débuts difficiles

Force est d’admettre que le pays revient de loin. Si les doses fournies à Covax seront produites sur le sol américain, la première puissance mondiale avait jusqu’alors bloqué toute exportation de vaccins ou de composants permettant d’en fabriquer. En cause : l’utilisation par l’administration Trump, puis par celle de Biden, du « Defense Production Act », une législation permettant de rendre les Américains prioritaires sur les doses produites dans leur pays. Décision qui avait hautement agacé sur le Vieux Continent, alors que près de 50% des doses produites en Europe ont été exportées vers plus de 90 pays. 

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« Pendant toute l’année 2020 et le début de 2021, les États-Unis ont brillé par leur absence et leur mise en oeuvre de l’America fisrt (l’Amérique d’abord). Aujourd’hui, le succès de leur campagne de vaccination et la chute du nombre de contaminations leur permettent d’opérer ce revirement », observe Anne Sénéquier, médecin et codirectrice de l’observatoire de la santé mondiale de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). À ce jour, plus d’un Américain sur deux (52,5%) a effectivement reçu une première injection, tandis que 43% de la population est parvenue à une vaccination complète. Dans le même temps, le nombre de contaminations quotidiennes n’a cessé de chuter depuis la mi-avril, pour atteindre une moyenne d’environ 15 000 nouveaux cas par jour début juin. 

Période pendant laquelle le patron de l’OMS a multiplié les appels à un meilleur partage des doses sur le Globe. « Le monde est au bord d’un échec moral catastrophique – et le prix de cet échec sera payé par des vies et des moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde », avait-il alerté mi-janvier dans une déclaration adressée aux pays développés. Reste qu’après le retrait de l’agence onusienne par Donald Trump en pleine pandémie, la remise en marche de la machine multilatérale a été longue. Si Joe Biden avait réintégré l’OMS au premier jour de son mandat, les aides à Covax ont pris plus de temps à venir. Alors que l’Union européenne était de loin la première contributrice au mécanisme de solidarité, il a ainsi fallu attendre la fin avril pour que l’administration Biden s’engage à son tour, en promettant un don de 4 milliards de dollars. 

Contrer la diplomatie vaccinale russe et chinoise

Mais la nature a horreur du vide. Et cette place laissée vacante par les États-Unis a laissé le champ libre à ses rivaux russes et chinois. Alors que les Occidentaux avaient les yeux rivés sur la vaccination de leur propre population, les deux puissances en ont profité pour développer une diplomatie vaccinale basée sur de nombreux accords bilatéraux conclus avec des pays tiers. « Malgré sa population gigantesque et son approvisionnement limité en vaccins, la Chine a fourni plus de 350 millions de doses de vaccins à la communauté internationale, y compris une assistance vaccinale à plus de 80 pays et des exportations de vaccins vers plus de 40 pays », claironnait encore Wang Wenbin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse le 2 juin. Du côté russe, Moscou a passé des accords avec des pays tiers pour la livraison de plus de 205 millions de doses de Sputnik V, selon Forbes Russia. Mais seulement 8% des commandes auraient été honorées à ce stade. 

« Les États-Unis veulent reprendre le leadership sur la question de la vaccination, parce qu’ils se rendent bien compte qu’ils prennent le risque de perdre en influence sur la scène mondiale en restant en retrait », note Anne Sénéquier. De fait, ce n’est pas un hasard si cette annonce américaine tombe au moment de la tournée européenne de Joe Biden, dont l’objectif central est de réaffirmer la solidité de l’alliance transatlantique face aux régimes autoritaires. « Cet engagement américain sur un don de 500 millions de doses est aussi un moyen de répondre aux critiques de Pékin sur l’égoïsme des États-Unis concernant la vaccination. En cela, cette décision s’intègre totalement dans la politique extérieure de Joe Biden contre la Chine, dont elle constitue le volet sanitaire », explique Auriane Guilbaud, maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-VIII et spécialiste des politiques de santé mondiale. 


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Ce que le président américain a lui-même laissé entendre jeudi en annonçant ce don. « Les Etats-Unis fourniront ce demi-milliard de doses sans conditions », a-t-il souligné, alors que Washington accuse justement la Russie et la Chine d’utiliser la vaccination comme levier diplomatique sur les autres pays. Si les ONG ont globalement salué l’annonce américaine, certaines comme Médecins sans frontières ont également déploré un calendrier ne tenant pas suffisamment compte de « l’urgence » de la situation. Elles plaident notamment pour la suspension des brevets sur les vaccins afin de permettre une production de masse. Cette solution à laquelle Joe Biden avait apporté son soutien début mai, devrait notamment être discutée lors du sommet du G7. « La contribution américaine est significative, mais ça reste un premier pas. Une montée en puissance sera encore nécessaire pour renforcer la riposte mondiale à la pandémie », résume Auriane Guilbaud. Après le réveil, place à l’action. 

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