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Le pharaon Toutânkhamon a été embaumé et momifié avant de rejoindre son tombeau, qui abritait un trésor inestimable. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

  • L’exposition « Toutânkhamon, Le Trésor du Pharaon », à la Grande Halle de la Villette, à Paris, est à découvrir jusqu’au 15 septembre 2019.
  • On peut y voir le sarcophage du pharaon Toutânkhamon, ainsi que des amulettes et objets précieux retrouvés dans son tombeau.
  • L’embaumement et la momification du souverain étaient des étapes du rituel funéraire qui accompagnait le roi vers sa seconde vie dans l’au-delà. Avec le temps, ces rites se sont démocratisés et les techniques ont été adaptées.

Entrer dans l’éternité. Préserver le corps pour assurer le passage de l’âme dans l’au-delà, où une seconde vie l’attend. Voici ce que permettait la momification au temps de l’Egypte des pharaons. Entre croyance spirituelle et compétences techniques, les rites funéraires offraient aux rois défunts un ticket pour l’immortalité de leur âme. Et à voir le trésor découvert dans le tombeau de Toutânkhamon, le jeune pharaon a vraisemblablement gagné un billet en or pour une vie éternelle.

Découvert en 1922 par l’archéologue britannique Howard Carter, le tombeau de Toutânkhamon est à ce jour la sépulture d’Egypte antique la mieux conservée jamais mise au jour. Un trésor de 5.398 objets d’une rare beauté censé accompagner le pharaon vers la renaissance éternelle de son âme, et dont on peut découvrir une partie à la Grande Halle de la Villette, à Paris, qui accueille l’exposition événement « Toutânkhamon » *.

A l’époque, lorsque Carter pénètre dans le tombeau de Toutânkhamon, il découvre plusieurs sarcophages enchevêtrés comme des poupées russes, qui protègent la momie du pharaon. D’abord réservée aux souverains, puis à l’aristocratie, la momification a fini par se démocratiser. La version de luxe s’est alors doublée d’une version low cost. Sur le même principe, mais avec des matériaux et des procédés adaptés aux bourses modestes.

D’abord un rituel royal

Des corps presque intacts, la peau tannée comme du cuir et les doigts fins, délicatement enveloppés des bandes de lin, tout comme le reste du corps. La momification des pharaons est un processus complexe, long, mais d’une rare efficacité à l’épreuve du temps. « L’embaumement et la momification étaient d’abord un rituel royal, rappelle l’égyptologue Marc Gabolde, auteur de l’ouvrage Toutankhamon (éd. Pygmalion). De nombreuses étapes devaient être soigneusement respectées ». Sous l’Egypte antique, « des procédés de momification ont été mis au point dans le but de conserver les parties les plus importantes du corps, celles qui étaient jugées nécessaires pour que l’âme rejoigne l’au-delà, expose l’égyptologue. C’est pourquoi il fallait conserver l’enveloppe charnelle et certains organes ».

A l’époque, « lorsqu’une dépouille royale est confiée aux embaumeurs, ces derniers retirent viscères et organes un à un, après avoir incisé le flanc gauche du défunt, explique Marc Gabolde. Poumons, foie, rate et intestins sont ensuite lavés au vin de palme et placés dans des vases canopes, qui seront placés aux côtés du pharaon dans son tombeau. Le cerveau, lui, n’est pas perçu comme un organe doté d’une valeur spirituelle particulière, poursuit Marc Gabolde. Il est donc retiré au moyen d’un long crochet en métal inséré dans la narine jusqu’au crâne ». Ensuite ? On remuait tout ça, et le cerveau – ainsi liquéfié — s’écoulait naturellement sans que le crâne n’ait été endommagé. Ainsi vidé, « le crâne était ensuite rempli de résine », décrit l’égyptologue. Pourquoi se donner toute cette peine au lieu de laisser ces organes à leur place originelle ? « L’objectif était pratique au départ : les prêtres embaumeurs ont observé qu’après la mort, la décomposition du corps partait essentiellement de l’abdomen, les bactéries de l’intestin rongeant les viscères. Il fallait donc les évacuer pour préparer le corps ». La cavité était ensuite remplie de myrrhe, d’épices et de tissus. « En revanche, le cœur, considéré comme le siège de l’âme, de la sagesse et de l’intellect, était laissé intact dans le corps, pour passer l’épreuve de la pesée des âmes ».

Un embaumement « trop bien fait »

La dépouille, « lavée au vin de palme, était ensuite plongée pendant 70 jours dans du natron, un mélange de sels qui a la particularité d’absorber l’humidité, car la momification repose sur la dessiccation du corps, souligne Marc Gabolde. C’est ainsi que des momies naturelles vieilles de plus de 4.000 ans ont été découvertes en Egypte, avant même les rituels funéraires destinés aux pharaons. Ces corps enterrés dans un environnement où la température pouvait atteindre 60 degrés ont été entièrement desséchés par la chaleur intense, et se sont ainsi momifiés sans même avoir été embaumés ».

Une fois chassée la moindre trace d’humidité, la peau desséchée du roi défunt était enduite d’onguents et d’huiles précieuses pour qu’elle ne craquelle pas, puis le corps tout entier était emmailloté avec des centaines de mètres de fines bandelettes de lin, dans lesquelles s’entrelaçaient bijoux et amulettes de protection. Comme ses aïeux avant lui, Toutânkhamon a fait l’objet d’un embaumement très sophistiqué, « voire « trop bien fait », relève l’égyptologue, ce qui a nui à la qualité de conservation de sa momie. Il a par exemple été excérébré à la fois par le nez et par le tronc occipital. Puis, trop d’onguents et de produits de conservation ont été utilisés, ce qui a attaqué les chairs du jeune pharaon, sa peau a craquelé et on a observé comme une forme d’autocombustion de ses tissus, probablement due à une utilisation excessive d’huile de lin sur les bandelettes qui enveloppent sa dépouille. Quand, à sa découverte, Howard Carter a fouillé le sarcophage de Toutânkhamon, les bandelettes de la momie se délitaient et au fond du sarcophage, elles étaient collées par l’excès de résine qui avait été utilisée. Carter a dû démonter les connexions anatomiques pour réussir à décoller le corps momifié du pharaon du fond de son sarcophage ». Une opération délicate qui, au passage, a endommagé la momie du pharaon, qui repose dans son tombeau dans la Vallée des rois, à Louxor.

Démocratisation de la momification version low cost

D’abord réservée aux pharaons, à leur cour et parfois accordée par le roi comme une haute distinction, la momification finit par se démocratiser. Vers le VIIe siècle av. J.C., chaque Egyptien qui le souhaite peut désormais s’offrir son grand voyage vers l’au-delà. Mais selon son rang et ses moyens, se faire momifier dans l’Egypte antique, c’est un peu comme la haute couture ou le prêt-à-porter de masse made in China. Autrefois orfèvres, les embaumeurs développent des techniques pour répondre à la forte demande – renforcée par des épisodes réguliers d’épidémies de maladies. Des ateliers sont bâtis, mais ces constructions sont érigées à bonne distance des villes, rapport aux odeurs nauséabondes que cette branche génère nécessairement.

Pour réduire les coûts et la durée du processus d’embaumement, les professionnels revoient leur protocole. Oubliés les gestes chirurgicaux et les onguents précieux, la momification low cost est nettement moins glam. « Au Ve siècle J.C., l’historien grec Hérodote​ part explorer ce qui est encore l’Egypte des pharaons, et raconte avec de nombreux détails le processus de cette momification devenue accessible à tous, expose Marc Gabolde. A l’heure de l’embaumement et de la momification de masse, les embaumeurs utilisent des onguents poisseux, des résines végétales ou encore du bitume importé de Mésopotamie et de ce qui est aujourd’hui la Palestine. Des matériaux qui n’étaient au départ pas utilisés à cette fin, mais qui étaient bien moins chers que ceux utilisés pour les rites funéraires des pharaons ».

Crochet nasal et extraction du cerveau sont toujours au programme de cet embaumement, mais le retrait des viscères, une étape déjà peu ragoûtante, prend une tournure assez nauséabonde quand il s’agit de la rendre plus rapide et moins chère. Ici, l’éviscération traditionnelle laisse la place à « l’injection anale », qui consiste à injecter dans les intestins une solution décapante par l’anus. On rebouche soigneusement l’orifice, on laisse macérer quelques jours, puis on place une lourde pierre sur l’abdomen, on retire le « bouchon », et les viscères liquéfiés sont évacués. Aux bourses les plus maigres, un bain de natron de deux petits jours est proposé. Puis, comme la coutume le veut, la dépouille est enveloppée de bandelettes et d’amulettes. Préparée à moindres frais, la momie est prête pour tenter de gagner l’éternité.

« Les momies tardives, du fait des matériaux utilisés, sont plus noires, alors que la momie de Toutânkhamon et les momies de la XVIIIe dynastie, qui sont plus anciennes, sont quant à elles brunes », observe Marc Gabolde. Après un règne express et une courte vie, Toutânkhamon tombe rapidement dans l’oubli après sa mort. Outre sa momification, la découverte de son tombeau presque inviolé et du trésor qu’il abrite feront de lui le pharaon le plus célèbre de l’Histoire. Et le plus immortel.

Pour écouter l’épisode de notre podcast Sixième Science « Momies et pyramides, les symboles de l’éternité égyptienne», ça se passe ci-dessous:

* Exposition « Toutânkhamon, Le Trésor du Pharaon », à la Grande Halle de la Villette à Paris, du 23 mars au 15 septembre 2019, à partir de 17 euros.

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