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Un parti politique qui conserve sa majorité absolue d’une élection à l’autre, cela n’était plus arrivé en Inde depuis 35 ans ! C’est le parti du Premier ministre sortant Narendra Modi qui signe cette victoire historique à l’issue des élections législatives. Avec 900 millions d’électeurs, 8000 candidats et 11 millions d’assesseurs, cette élection, qui a duré 6 semaines, était le plus grand scrutin jamais organisé.

Plus de sièges à la chambre basse du Parlement qu’en 2014

L’Alliance démocratique nationale (NDA) constituée autour du Bharatiya Janata (BJP), parti nationaliste hindou de Modi, arrive en tête pour l’octroi d’au moins 300 des 542 sièges de la chambre basse du Parlement, selon les chiffres officiels de la Commission électorale communiqués au fur et à mesure du dépouillement. A titre de comparaison, en 2014, le BJP avait remporté 282 sièges. Selon les projections publiées en milieu d’après midi ce jeudi, l’Alliance démocratique nationale devrait finalement remporter plus de 340 sièges. La principale formation d’opposition, le parti du Congrès était en route pour vivre une véritable douche froide électorale pour ce parti clé de la politique indienne depuis l’indépendance en 1947.

Le Premier ministre indien Narendra Modi à New Delhi le 23 mai 2019 – © PRAKASH SINGH – AFP

L’analyse de Sylvie Guichard, spécialiste de l’Inde (Université de Genève)

Pour comprendre les raisons de cette victoire historique des nationalistes hindous, nous avons contacté Sylvie Guichard, maître d’enseignement et de recherche en Histoire de la pensée juridique et politique à l’Université de Genève (Suisse) et spécialiste de l’Inde.

Qui sont les nationalistes hindous qui dominent le paysage politique en Inde ?

« Les nationalistes hindous sont plus qu’une force politique. C’est certainement de là que vient une partie de leur force. Historiquement, ils sont d’abord une association qui s’appelle Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) qu’on peut traduire par « Association des volontaires nationaux », une association qui ne se veut pas politique, mais socioculturelle. C’est comme ça qu’elle se définit elle-même. Elle affirme viser la promotion et la protection, la régénération, de la nation hindoue. Elle réunit notamment ses membres le matin pour faire des exercices physiques traditionnels et discuter de questions sociales mais aussi politiques. Cette organisation possède des cellules dans les villes et les villages. C’est vraiment la base de l’organisation du nationalisme hindou. A partir de cette organisation, de nombreux autres groupes se sont développés comme un syndicat, une association d’étudiants, un groupe actif dans le développement rural… avec comme point commun la défense du nationalisme hindou. Et le Bharatiya Janata (BJP, parti de Narendra Modi) est l’aile politique de ce grand groupe d’organisations nationalistes. Elles ont toute un point commun. Elles font la promotion de cette idéologie qui est un mélange de religion et de culture et qui défend l’idée que l’Inde est une nation hindoue. Donc les symboles nationaux, l’histoire de l’Inde, doivent être reliés à la composante hindoue et les minorités, comme les musulmans, les chrétiens ou les juifs doivent, selon eux, se conformer à cette dominance hindoue ».

Cet ancrage large, c’est une des clés du succès ?

« Cela permet un jeu entre le discours politique public et les actions de toutes les autres associations qui vont pouvoir mener des actions plus radicales sans toucher à la légitimité du parti politique. Cela donne une marge de manœuvre très importante et cela permet aussi un enracinement local et dans les différentes strates de la société beaucoup plus proche qu’un simple parti politique. C’est une source de la force et de la réussite du Bharatiya Janata (BJP, parti de Narendra Modi) mais n’oublions pas l’effet Modi et celui de la surpersonnalisation du pouvoir ».

Des soutiens Narendra Modi fêtent la victoire du parti Bharatiya Janata (BJP) devant le siège du parti à Bombay le 23 mai 2019. Des soutiens Narendra Modi fêtent la victoire du parti Bharatiya Janata (BJP) devant le siège du parti à Bombay le 23 mai 2019. – © PUNIT PARANJPE – AFP

Finalement, cette victoire est-elle une surprise ?

« Oui, c’est une surprise dans une certaine mesure parce que le Bharatiya Janata (BJP), en décembre 2018, a perdu des élections régionales dans trois Etats où il était très bien implanté. Certains commentateurs ont pensé que la popularité de Narendra Modi avait été touchée et que ses résultats au niveau économique et en termes de créations d’emplois avaient été sanctionnés. Un grand nombre d’observateurs pensaient qu’il aurait au minimum besoin des voix de sa coalition pour obtenir une majorité. Et on voit que finalement le Bharatiya Janata (BJP) a obtenu une majorité seul ».

Rahul Gandhi s'adresse au public le 12 mars 2019 à Gandhinagar dans l'Etat du Gujarat. Rahul Gandhi s’adresse au public le 12 mars 2019 à Gandhinagar dans l’Etat du Gujarat. – © HANDOUT – AFP

Pourquoi Rahul Gandhi​​​​​​, héritier de la célèbre famille, n’a pas réussi à convaincre les électeurs ?

« Rahul Gandhi ​​​​​​aurait pu gagner beaucoup grâce à cette image de la famille Nehru-Gandhi (ndlr : Rahul Gandhi n’a aucun lien de parenté avec le Mahatma Gandhi. Le nom Gandhi provient du mariage d’Indira Nehru, fille du père de l’indépendance et premier chef du gouvernement indien Jawaharlal Nehru, avec Feroze Gandhi en 1942). D’ailleurs sa sœur, qui ressemble à Indira Gandhi, l’a soutenu dans la campagne. Il y a eu une mise en avant de la dynastie et de la force de cette famille dans l’histoire de l’Inde. Mais cela lui a été reproché par Narendra Modi. Il a communiqué en indiquant que le parti du Congrès (ndlr : principal parti d’opposition en Inde, dont Rahul Gandhi est le président) et cette famille souffraient de corruption, étaient inefficaces, protégeaient à tort et donnaient trop d’avantage aux minorités. Donc le nom Gandhi ​​​​​​aurait pu être une force mais Modi l’a retourné très habilement pour qu’il devienne une faiblesse ».

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