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L’article au vitriol du journaliste israélien Gideon Levy sur les colons israéliens, après l’attaque d’une femme enceinte.

« Sous le voile d’une unité moralisatrice et hypocrite et de l’expression falsifiée d’un chagrin national afin de promouvoir leurs objectifs commerciaux, il faut dire la vérité : Leur tragédie ne nous appartient pas.

Je n’éprouve aucune compassion envers ceux qui profitent d’une tragédie. De même pour les voleurs. Je n’éprouve aucune compassion envers les colons, pas même lorsqu’ils sont frappés par une tragédie. Une femme enceinte a été blessée et son nouveau-né est mort de ses blessures : On ne peut trouver pire. On est terrifié de conduire sur leurs routes, ce qui amplifie la violente opposition à leur présence. Je n’éprouve donc aucune compassion envers leur tragédie. Aucune solidarité.

C’est leur faute – non la mienne – si je n’éprouve pas ce sentiment des plus humains de solidarité et de douleur. Ce n’est pas simplement que ce sont des colons qui violent le droit international et la justice universelle. Ce n’est pas simplement à cause de la violence de certains, ni la colonisation de tous. Ce qui m’empêche de pleurer avec eux, c’est aussi le chantage qu’ils utilisent pour réagir à chaque tragédie. Mais sous le voile d’une unité moralisatrice et hypocrite et de l’expression falsifiée d’un chagrin national afin de promouvoir leurs objectifs commerciaux, il faut dire la vérité : Leur tragédie ne nous appartient pas.

On se sert d’un fœtus pour justifier les vols de terres

Leur tragédie ne nous appartient pas, car le pays entier l’a bien cherchée. Il est vrai que la faute principale est celle des gouvernements qui leur ont cédé, soit avec enthousiasme, soit par faiblesse, mais les colons ne doivent pas, eux non plus, être acquittés. Il faut que l’extorqueur, pas seulement ceux qui ont cédé à l‘extorsion, soit jugé responsable. Mais elles sont bien là, des générations nées sur une terre volée, des enfants élevés sous un régime d’apartheid et éduqués de façon à croire qu’il s’agit de justice biblique, avec le soutien du gouvernement. Peut-être qu’on n’a pas le droit d’accuser ceux qui sont installés sur une terre volée par leurs parents, mais on ne peut pas partager leur tragédie, car ils sont extrêmement cyniques dans leur manière d’exploiter toutes les tragédies, afin d’atteindre leur but.

Quand un bébé meurt, ils installent des caravanes. Lorsque des soldats sont tués en les défendant, ils ne cherchent pas à se faire pardonner par la famille de ces soldats, bien qu’ils soient responsables de ces vies écourtées. Ils n’ont que des exigences. Ainsi, ils espèrent blanchir leurs crimes. Ces exigences se doublent d’un appétit de vengeance : Emprisonner de plus en plus de voisins, détruire leurs maisons, tuer, arrêter, bloquer des routes et se venger encore plus. Et si cela ne suffit toujours pas, leurs propres milices attaquent les Palestiniens, caillassent leurs véhicules, incendient leurs champs et sèment la terreur dans leurs villages. La punition collective imposée par l’armée et le service de sécurité Shin Bet – appliqués avec cruauté et souvent accompagnés de crimes – ne leur suffisent pas. La soif de vengeance des colons n’est jamais étanchée. Comment est-il possible de s’identifier à la douleur de ceux qui se conduisent de cette façon ?

Il est impossible de s’identifier à leur deuil, car Israël a décidé de fermer les yeux sur tout ce qui se passe dans le territoire de la Judée. Lorsqu’on est capable d’être insensible à l’exécution par des soldats, d’un jeune homme souffrant de déficience psychologique, on peut aussi être insensible à la vue de Palestiniens qui tirent sur une femme enceinte. Quand on ferme les yeux sur ce qui se passe dans le camp de réfugiés de Tulkarem, on peut faire de même avec les événements à la jonction de Givat Assaf. Aveuglement moral face à tout. Yesha (le salut) ne se trouve pas là. Voilà le prix à payer pour le manque d’attention à ce qui se passe dans ces territoires et pour faire comme si l’occupation n’existait pas, bien qu’elle soit la raison de l’existence des colonies. On investit d’énormes budgets sans opposition de la part de la population. Il y a donc aussi de l’indifférence à l’égard des colons et de leurs tragédies. Le morceau de terre dont ils se sont emparés, n’a aucun intérêt pour la plupart des Israéliens qui vivent au pays du déni. En voilà le prix.

Nous ne voyons aucune raison de présenter nos excuses pour vouloir regarder de l’autre côté et ne pas nous identifier à eux. Les colons sont les seuls responsables. Ceux qui ne se sont jamais intéressés à la souffrance de leurs voisins palestiniens, qu’ils ont provoquée, ceux qui ne cessent de proclamer qu’on doit toujours et encore resserrer l’étau, afin de torturer encore plus – ne méritent pas qu’on s’identifie à eux, même pas au moment où ils pleurent. Je ne me réjouis pas de leur souffrance mais je n’éprouve aucune compassion pour leur douleur.

Ce sont leurs victimes qui endurent une réelle douleur, celles qui se plaignent passivement et celles qui prennent leur destin en main et essaient de résister violemment à une violente réalité – parfois même farouchement. Les Palestiniens sont les victimes qui méritent notre pitié et notre solidarité. « 

par Gideon Levy

(Traduit par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : Haaretz

CAPJPO-EuroPalestine

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